AUJOURD'HUI

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PARTIE I: HISTOIRE

A PARTIR DU XVIII EME SIECLE

-Soumission et exclusion

-Politique

-Travail

 

PARTIE II: ET LES GUERRES

L’IMPACT DE LA GUERRE SUR LA FEMME

-La première guerre mondiale

-L’entre deux guerres

-La deuxième guerre mondiale

 

PARTIE III: LEGISLATION

L'EVOLUTION DE LA DEMARCHE LEGISLATIVE VERS LA PARITE

-Chronologie

-L'évolution et la révision des lois

-L'implication de l'Etat, exécution et application des lois

 

PARTIE IV: AUJOURD'HUI

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Général

-Taux d’activité féminin

-Chômage

-Précarité et CSP des femmes

-Temps partiel

-En ce qui concerne les salaires

-Travail domestique

-Politique

-Privé / Public

 

PARTIE V: CHANGEMENTS

MARCHE VERS LA PARITE??

-Revendication

-Les difficultés du changement

-Ségrégation horizontale et verticale

-Scolarité et Diplome

 

PARTIE VI: PARCE QUE...

LES RAISONS DE CETTE EVOLUTION

-Du coté de la société

-Du coté de la pensée féministe

 

CONCLUSION

 

LIVRE D'OR

 

 Commentaires !

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Chômage

 

Les femmes sont plus touchées par le chômage en raison de leurs soit disant qualifications inférieures. Leur vulnérabilité, c’est-à-dire le risque de tomber au chômage, est élevée.

 

Tableau 1

Population active par sexe de 1962 à 1995 (en millier)

 

Sexe

1962

1968

1975

1982

1990

1994

1995

 

Population active

H

F

13158

  6585

13559

  7124

13907

  8132

14192

  9585

14212

11051

13899

11238

13911

11368

Pop. active occupée

H

F

13046

  6489

13321

  6925

13533

  7675

13258

  8460

13037

  9426

12396

  9626

12551

  9793

Chômeurs

H

F

  112

    96

    238

    199

    374

    457

    934

  1125

  1175

  1625

  1503

  1612

  1360

  1575

 

Le nombre de femmes actives en France a augmenté de plus de 4 millions de 1968 à 1994. Cette montée de l’emploi féminin reflète notamment le développement du secteur tertiaire. Dans le même temps la population active masculine a augmenté plus faiblement (voir tableau 1). Cependant le nombre de celles occupant effectivement un emploi n’a progressé que de 2,6 millions entre ces deux dates, car  aujourd’hui un million et demi d’entre elles se retrouvent au chômage contre à peine 200000 à la fin des années soixante. Les taux de chômage féminins sont dans toutes les catégories, et quel que soit le niveau de diplôme ou l’âge, supérieurs à ceux des hommes (voir tableau 2, 3 et 4). C’est pourquoi, en France, les femmes représentent d’un côté un peu moins de la moitié de la population active (45% environ), et de l’autre plus de la moitié des chômeurs (entre 52% et 58% selon la définition du chômage retenue).

Tableau 2

Taux de chômage par âge et par sexe en mars 1994 (Enquête-Emploi)

 

15-24 ans

25-49 ans

50 ans et plus

Total

Hommes

24.2

9.8

7.5

10.8

Femmes

31.7

13.5

8.1

14.3

Ensemble

27.5

11.5

7.8

12.4

 

Tableau 3

Taux de chômage par catégories socioprofessionnelle et par sexe en mars 1994 (Enquête-Emploi)

 

Ouvriers

Employés

Professions intermédiaires

Cadres

Ensemble

Hommes

14.9

13.3

6.9

5.3

10.8

Femmes

20.8

15.7

7.9

5.6

14.3

Ensemble

16.1

15.1

7.4

5.4

12.4

 

Si les femmes sont de plus en plus actives, elles sont aussi de plus en plus touchées par la montée du chômage. Mesuré par l’Enquête-Emploi de l’INSEE, le taux de chômage des femmes est de 14,3% en mars 1994 contre 10,8% pour les hommes. Les chiffres sont encore plus élevés en ce qui concerne les moins de 25 ans non scolarisées : près d’une jeune fille sur trois (31,7%) sortie du système scolaire est à la recherche d’un emploi contre un jeune homme sur quatre (24,2%). En plus du chômage des jeunes femmes qui sont à la recherche d’un premier emploi, il y a plusieurs types de chômage féminin assez nettement différenciés suivant la catégorie socioprofessionnelle : celui des employées administratives d’entreprise, limitée et plutôt de courte durée ; celui des employées de commerce plus élevé, mais rarement très long en raison d’une forte rotation et celui des ouvrières qui est à la fois élevé et de longue durée. Au total les ouvrières et les employées, avec des taux de chômage de 20,8% et 15,7%, en sont les premières victimes. Elles sont nettement plus touchées que leurs homologues masculins (13% à 14%). Et elles sont aussi davantage frappées que les professions intermédiaires ou les cadres et autres professions intellectuelles supérieures, ceci quel que soit le sexe. Malgré une féminisation croissante des emplois, le jeu entre hommes et femmes reste donc de ce point de vue, très inégal.

 

Tableau 4

Taux de chômage par niveau de diplôme et par sexe en mars 1994

 

Aucun

CEP

BEPC

CAP-BEP

Baccalauréat

Etudes supérieures

Hommes

19

9.6

10.4

9.1

9

6.7

Femmes

23.6

13.1

14.8

15

10.2

14.3

 

L’absence totale de formation ou une faible qualification pèse plus lourd sur les femmes concernées. Sans diplôme elles subissent le plus fortement la contrainte, davantage que les hommes : ainsi en 1994, 23,6% d’entre elles sont au chômage contre 19% des hommes. De même la possession d’un diplôme tels que le BEPC, le CAP ou le BEP les protège moins que les hommes. Mais les jeunes femmes diplômées supérieures sont elles aussi plus de deux fois plus touchées par l’inactivité. Face au risque du chômage, le nombre d’études supérieures semble par conséquent protéger davantage les hommes que les femmes. Le niveau de formation ou de qualification n’explique donc pas les différences observées entre les deux sexes.

 

Le chômage de longue durée frappe aussi davantage les femmes que les hommes quel que soit l’âge, l’ancienneté moyenne de chômage des femmes dépasse celles des hommes. En mars 1994 par exemple près de 600000 femmes étaient au chômage depuis plus d’un an contre 500000 hommes.

 

L’examen des motifs d’entrées en chômage montre que les femmes sont nettement plus concernées que les hommes par les fins de contrat à durée déterminée. Ce fait illustre d’une part, la liaison étroite entre la précarité et le chômage et d’autre part, l’enfermement progressif des femmes dans l’emploi précaire. Même lors des courtes périodes de reprise, la majorité des emplois créés sont en effet actuellement des emplois précaires : c’est par exemple le cas des deux tiers des 650000 emplois créés de janvier 1994 à juin 1995. D’une manière générale, les femmes sont plus touchées par le chômage parce que, avec les jeunes et les moins qualifiés, elles occupent les emplois les moins stables. A fortiori les jeunes femmes non qualifiées sont d’autant plus touchées.

 

 

En 1991, le taux de rotation de l’ensemble des salariés atteint 30%, c’est-à-dire que près d’un tiers des salariés a changé d’emploi en cours d’année de gré ou de force. Mais ce taux est de 26% pour les hommes et de 38% pour les femmes (voir tableau 5). Alors que la crise de l’emploi s’approfondit, ces changements d’emplois sont aujourd’hui presque tous subis : dans le cas des femmes, à peine un cinquième des « sorties » est le fait de démissions. De plus, ces dernières peuvent être plus ou moins contraintes. Ceci explique que le tiers des chômeuses sort d’un emploi précaire et qu’un autre vient de se faire licencier. Par ailleurs, quand les femmes perdent un emploi normal, c’est-à-dire à temps plein et à durée indéterminée, elles ne sont que 48% à retrouver le même type d’emploi, contre 62% des hommes. De plus, elles semblent davantage visées par les suppressions d’emploi : globalement les licenciements économiques sont aussi important pour les femmes que les hommes malgré leur faible implantation dans l’industrie où ils se produisent principalement. Elles connaissent par conséquent un taux de licenciement plus élevé.

Deux autres séries de raisons sont généralement avancées pour expliquer l’importance du chômage féminin quel que soit l’âge : d’une part, le maintien d’une certaine discontinuité de l’activité féminine, qui met en concurrence les jeunes femmes sortant du système scolaire avec celles qui cherchent un emploi après une période d’inactivité ; et, d’autre part, la concentration de l’emploi féminin dans les secteurs à qualification faible, ou faiblement reconnue, et dans lesquels l’expérience professionnelle protège peu. Ces éléments expliqueraient aussi la tendance des femmes des générations plus récentes à vouloir conserver leur emploi et à ne pas interrompre leur activité professionnelle. A l’inverse des hommes, elles sont handicapées par les charges familiales.

 

Tableau 5

Les mouvements de main-d’œuvre selon le sexe en 1991

 

Hommes

Femmes

Ensemble

Taux de rotation

25.9

37.9

30.3

Taux d’entrée

25.0

37.7

29.8

    Contrat à durée déterminée

14.7

28.8

19.2

    Contrat à durée indéterminée

  8.0

  8.2

  8.1

Taux de sorties

26.7

38.1

30.9

    Contrat à durée déterminée

11.1

22.4

15.3

    Démission

  6.4

  7.6

  6.8

    Licenciement

  3.7

  3.2

  3.5

 

Les interruptions de carrière ont une incidence négative sur le salaire.

 

Les interruptions d’activité, chômage ou inactivité, induisent des pénalités de salaire importantes, pour les hommes comme pour les femmes. Elles sont toutefois moins pénalisantes pour les femmes. Le chômage est plus pénalisant que l’inactivité pour les femmes, c’est l’inverse pour les hommes. Ainsi, à diplôme et expérience totale identiques, un homme (respectivement une femme à qui a connu un an de chômage (cumulé) a un salaire inférieur de 5 % (resp. 4 %) à celui d’un homme (respectivement d’une femme) qui n’a connu aucun épisode de chômage d’au moins six mois. Ces pénalités s’élèvent à -12 % pour les hommes et – 9 % pour les femmes pour une durée cumulée passée au chômage de 3 ans. Pour l’inactivité, un homme (respectivement une femme) qui a connu un an d’inactivité (cumulé) a un salaire inférieur de 6 % (resp. 2 %) à celui d’un homme (resp. d’une femme) qui n’a connu aucun épisode d’inactivité d’au moins six mois. Ces pénalités s’élèvent à – 15 % pour les hommes et – 5 % pour les femmes pour une durée cumulée passée en inactivité de 3 ans.

 

Les années de chômage ont un effet négatif à la fois sur l’accès aux positions hiérarchiques ou professionnelles mieux rémunérées et sur le salaire à catégorie professionnelle donnée.

 

Tableau 6

Proportion de personnes au chômage depuis 1 an et ancienneté moyenne

Ancienneté moyenne de chômage (en mois)

 

 1990

 2002

 Femmes

 Hommes

 14,8

 14,1

 13,4

 12,2

 

 Ensemble

14,5

 12,8

 

Tableau 7

Proportion de personnes au chômage depuis 1 an ou plus (en %)

 

 1990

2002

 Femmes

   15-24 ans

   25-49 ans

   50 ans ou plus

 Hommes

   15-24 ans

   25-49 ans

   50 ans ou plus

  

21,3

40,7

69,4

  

15,9

38,0

58,8

  

17,8

32,3

53,9

 

13,4

29,7

53,1

 

 Ensemble

 37,7

 31,7

Source : Insee, enquêtes Emploi

Regards sur la parité – Edition 2003

 

La tolérance sociale au chômage des femmes

 

Si le sur chômage féminin est à ce point invisible, ce n’est pas par omission ou par indifférence ; il renvoie à un phénomène social plus profond : la tolérance sociale au chômage des femmes.

De plus, les femmes avec enfants sont plus victimes du chômage. La tolérance sociale au chômage est plus grande pour les femmes que pour les hommes. À cela s'ajoute une autre discrimination, quand elles sont au chômage, les femmes sont nettement moins bien indemnisées que les hommes.

 

. Le taux de chômage féminin est de 13.5% contre 9.8% pour les hommes. Ce sur-chômage est particulièrement important dans trois catégories :

- les jeunes femmes en fin d’études, même diplômées sont pénalisées une fois arrivées sur le marché du travail à cause de leur mauvaise orientation, mais aussi par une discrimination de la part des employeurs liée vraisemblablement à la crainte d’une maternité prochaine. Particularité du chômage féminin, le diplôme est moins valorisé pour les femmes : il mène moins vite à un emploi qui ne correspond pas à son niveau.

- les femmes demandeurs d’emploi de longue durée sont plus nombreuses que les hommes.

- les femmes en sous-emploi, que ce soit en fin d’études ou après une interruption de carrière liée à la maternité.

 

Le recul récent du chômage a davantage profité aux hommes qu’aux femmes : entre février 1998 et février 1999, le taux de chômage des hommes a baissé de 5% contre 4% pour les femmes. Bien évidemment, la situation peut être dramatique pour ces femmes au chômage dont près de 20% sont considérées comme étant en dessous du seuil de pauvreté. La situation des femmes au chômage est tout aussi traumatisante que pour les hommes : le chômage les soumet à une pression de l’environnement en faveur d’un retour au statut de "femme au foyer" contre lequel elles doivent se battre. La "femme au foyer" ayant perdue de son prestige social, c’est l’ensemble des relations sociales qui est perturbé, comme chez les hommes, par la honte, la peur et le mépris des autres. Cette situation est plus traumatisante encore pour les mères célibataires qui voient le comportement de leurs enfants affecté par une rupture de l’équilibre familial, souvent déjà fragile.

 

Taux de chômage selon le sexe et l’âge en France, 1998 (en %)

 

Hommes

Femmes

Ensemble

15-24 ans

21.9

30.0

25.4

25-49 ans

  9.5

13.3

11.2

50 ans et plus

  7.8

  9.2

  8.4

Total

10.2

13.8

11.8

En 1998, le taux de chômage des hommes était de 9.5% tandis que celui des femmes était de 13.3%, soit une différence d’environ 4 points.

 

Taux de chômage selon le sexe et la CSP en France, 1998 (en %)

 

Hommes

Femmes

Ensemble

Agriculteurs exploitants

  0.6

  0.1

  0.5

Artisans, commerçants et chefs d’entreprise

  4.4

  4.7

  4.5

Cadres et professions intellectuelles supérieures

  4.3

  5.3

 4.5

Professions intermédiaires

  6.6

  7.1

  6.8

Employés

12.8

15.0

14.4

Ouvriers

13.2

20.4

14.7

Total

10.2

13.8

11.8

 

 

         Ainsi, le chômage frappe plus souvent les femmes que les hommes, mais de plus, le chômage féminin continu à être considéré comme moins choquant que celui des hommes, y compris par une forte minorité de femmes. Ainsi un sondage réalisé en 1990 montre que 30% des femmes entre 25 et 49 ans « pensent qu’il est normal, en période de fort chômage, de donner la priorité pour un travail à un homme plutôt qu’à une femme ».

La division sexuelle du chômage prolonge et accentue la division sexuelle du travail. La notion de partage du travail, telle qu’elle est sans doute généreusement mais abstraitement comme moyen de donner du « travail aux chômeurs » reste dans l’ordre d’un salariat masculin.