AUJOURD'HUI

ACCUEIL

 

PARTIE I: HISTOIRE

A PARTIR DU XVIII EME SIECLE

-Soumission et exclusion

-Politique

-Travail

 

PARTIE II: ET LES GUERRES

L’IMPACT DE LA GUERRE SUR LA FEMME

-La première guerre mondiale

-L’entre deux guerres

-La deuxième guerre mondiale

 

PARTIE III: LEGISLATION

L'EVOLUTION DE LA DEMARCHE LEGISLATIVE VERS LA PARITE

-Chronologie

-L'évolution et la révision des lois

-L'implication de l'Etat, exécution et application des lois

 

PARTIE IV: AUJOURD'HUI

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Général

-Taux d’activité féminin

-Chômage

-Précarité et CSP des femmes

-Temps partiel

-En ce qui concerne les salaires

-Travail domestique

-Politique

-Privé / Public

 

PARTIE V: CHANGEMENTS

MARCHE VERS LA PARITE??

-Revendication

-Les difficultés du changement

-Ségrégation horizontale et verticale

-Scolarité et Diplôme

 

PARTIE VI: PARCE QUE...

LES RAISONS DE CETTE EVOLUTION

-Du coté de la société

-Du coté de la pensée féministe

 

CONCLUSION

 

LIVRE D'OR

 

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LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Précarité et CSP des femmes

 

La notion de précarité traduit l’absence d’une ou de plusieurs sécurités, notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux

Les formes particulières d’emploi se sont très largement développées depuis une quinzaine d’années. Hors apprentissage, elles concernent 8,9 % des emplois salariés en 1998 contre 2,6 % en 1983

Les contrats précaires, le temps partiel imposé, la flexibilité sont entrés en masse sur le marché du travail (la moitié des emplois proposés le sont à contrat à durée déterminée) ils concernent massivement les femmes. On peut dire qu'une des caractéristiques des emplois féminins est la conjonction du travail temporaire et de l'emploi à temps partiel. Voici des exemples de travail précaire : vendeuse, services de proximité, etc.

 

 

       Si l'on regarde en arrière dans l'Histoire, le travail féminin salarié a d'abord été envisagé comme la professionnalisation de tâches liées aux fonctions maternelles : métiers de l'enfance, de la santé…. Ce n'est donc pas un hasard si l'on constate aujourd'hui que les emplois qu'elles occupent sont beaucoup moins diversifiés que les emplois occupés par des hommes. Les femmes restent souvent cantonnées dans des emplois d'exécution, notamment dans les emplois de services aux particuliers qui rejoignent souvent l'ancienne conception du travail féminin.

Par ailleurs la notion de qualification peut s'entendre différemment en fonction du sexe des employés. Ainsi on ne parlera pas de qualification pour les capacités diplomatiques d'une caissière, mais de qualités " naturelles " aux femmes (donc mobilisables sans efforts, ni formation) : gentillesse, patience, douceur

 

Les femmes cherchent clairement à se maintenir sur le marché du travail, mais cette volonté bute sur l’insuffisance du nombre des emplois proposés. De plus ces derniers ne sont pas tous des emplois « normaux », c’est-à-dire des emplois à temps plein et à durée indéterminée. Au bout du compte, plus encore que les hommes, les femmes sont contraintes à recourir aux différents types d’emplois précaires ou au sous-emploi. L’augmentation de leur activité est due en très grande partie à la progression de ces fameuses « formes particulières d’emplois » (terme administratif désignant les différentes formes de travail précaire et de sous-emploi) : outre du travail à domicile et du travail au noir difficile a priori à quantifier, il y a le travail intérimaire, les contrats à durée déterminée, les « emplois aidés » de diverses natures, sans compter le travail à temps partiel qui s’adresse quasi exclusivement aux femmes. L’ensemble de ces « formes particulières d’emplois », y compris le temps partiel, représente aujourd’hui près de 5 millions d’emplois contre 2 millions en 1982. Les femmes sont les premières concernées par cette régression sociale.

 

 

Alors que le nombre total des apprentis (autour de 180000) et la proportion de jeunes filles parmi ces derniers (environ un tiers) restent relativement stables, le nombre d’emplois intérimaires et celui des contrats à durée déterminée a été multiplié par plus de deux entre 1984 et 1994 pour atteindre ensemble un peu plus de 800000. Les deux tiers des intérimaires sont des hommes, car les emplois proposés, généralement de faible qualification, se trouvent essentiellement dans les secteurs à dominante masculine de l’industrie manufacturière ou du bâtiment.

Un peu plus de la moitié des contrats à durée déterminée (plus de 600000 au total en 1994) sont par contre occupés par des femmes, essentiellement des employées. Les secteurs qui y ont le plus recours sont, d’une part, le commerce où nous trouvons une part importante des CDD féminins ; et, d’autre part le bâtiment où sont plutôt concentrés les emplois sur CDD destinés à des ouvriers masculins.

Elles enchaînent très souvent, quand on regarde les carrières d'une façon un peu plus détaillée, les contrats à durée très déterminée, alors que l'intérim qui concerne certains secteurs plutôt masculins continue de concerner les hommes.

 

 

Enfin, le nombre de « stages » et « d’emplois aidés » a explosé en une dizaine d’années en termes de stocks : en prenant en compte le nombre de personnes concernées à un moment donné, nous passons de 70000 au début des années 1980 à plus de 500000 en 1990. Mais en prenant en compte les flux annuels des personnes concernées les chiffres atteignent alors près de 2 millions au début des années 1990. Ces différentes formes de stages s’adressent à la fois aux jeunes sortis du système scolaire, aux victimes de restructurations industrielles et aux chômeurs de longue durée. Au-delà des changements d’appellations, on peut distinguer les dispositifs qui relèvent du secteur marchand (contrat d’adaptation, contrat de qualification, contrat d’orientation-anciennement stage d’initiation à la vie professionnelle-) et ceux qui sont rattachés au secteur non-marchand (contrat emploi-solidarité, anciennement travail d’utilité collective)

Une étude détaillée récente d’un chercheur du CEREQ souligne l’opposition entre ces deux catégories de « stages » : les « emplois aidés marchands » créés par des entreprises privées concernent essentiellement des hommes (contrats d’orientation, contrats de qualification, contrats d’adaptation) et les « emplois aidés non-marchands » proposés par des acteurs publics comme par exemple des collectivités temporiales, des établissements publics d’enseignement ou encore des associations sans buts lucratifs s’adressent plutôt aux jeunes femmes (travaux d’utilité collective, puis contrat emploi solidarité). La même étude souligne que les emplois aidés marchands « favorisent l’insertion professionnelle des jeunes gens sur les emplois durables tandis que l’emploi aidé du secteur non-marchand prépare une part des jeunes femmes en difficulté d’insertion professionnelle à une flexibilité sur le marché du travail et notamment à l’emploi à temps partiel ».

En définitive, l’emploi aidé du secteur marchand permet à des jeunes gens d’entrer dans la vie active en bénéficiant d’un complément de formation susceptible d’améliorer un quasi-emploi, à temps plein et permettant de déboucher souvent sur une embauche effective. Par contre, l’emploi aidé du secteur non-marchand fournit plutôt à des jeunes femmes une première expérience professionnelle, à mi-temps et généralement sans formation complémentaire. Le « stage » est alors davantage une « occupation » qui débouche rarement sur un emploi effectif au terme de la mesure.

 

Par ailleurs, hommes et femmes n’occupent pas les mêmes emplois, n’effectuent pas les mêmes tâches, et, n’obtiennent pas les mêmes rémunérations. Dans de nombreux métiers « masculins », la présence des femmes reste encore marginale même si elle se développe, à un rythme il est vrai assez variable.

Il y a toujours moins de 10% de femmes parmi les ouvrières qualifiés, contre près de 38% parmi les ouvriers non qualifiés. Elles sont plus nombreuses à occuper un emploi non qualifié bien qu’elles soient mieux formées que les hommes : pour trois hommes occupant un emploi non qualifié il y a quatre femmes. Sur un total de 4 137 000 emplois non qualifiés en 1994, il y a près de 60% de femmes dont plus de deux tiers d’employées, et un peu plus de 40% d’hommes dont près des trois quarts d’ouvriers. En outre, dans les emplois non qualifiés, comme dans les emplois qualifiés, hommes et femmes n’occupent pas les mêmes postes. Aux femmes, les emplois les moins qualifiés des hôpitaux et des écoles, les postes d’ouvrières dans le textile ; aux hommes, les emplois dans le bâtiment, la manutention, l’automobile ou les sociétés de surveillance.

Inversement, il n’y a toujours que 11% de femmes parmi les ingénieurs et cadres techniques. Pour prendre un exemple extrême il n’y a que neuf femmes pilotes et mécaniciens qui naviguent à Air Inter sur un total de 890 personnes. La mixité dans les formations techniques reste encore très limitée, certaines filières d’enseignement sont toujours massivement féminines alors que d’autres sont essentiellement masculines.

            Des métiers fortement sexués

L’examen de la répartition hommes-femmes dans les différentes catégories socioprofessionnelles (C.S.P) est à cet égard instructif. En 1994 sur les six grands groupes de C.S.P, l’un est très majoritairement féminin : le groupe des employés (76% de femmes). Au sein de ce groupe, quatre des cinq C.S.P sont composées quasi-exclusivement de femmes, seules la C.S.P « policiers, militaires » est masculine à plus de 93%.

A un niveau plus fin de la nomenclature, sur les 31 C.S.P quatre seulement, en dehors des employés, comportent une majorité de femmes : les « professeurs et professions scientifiques » et les « professions intermédiaires administratives de la fonction publiques », qui dépassent toutes deux très légèrement les 50% ; les « instituteurs et assimilés », qui comportent deux tiers de femmes et les « professions intermédiaires de la santé et du travail social » (les infirmières, les puéricultrices, les assistantes sociales, les conseillères en économie sociale et familiales, etc.), qui sont massivement féminisées (plus des trois quarts de femmes). Institutrices, femmes de service, et employées administratives, tels sont aussi les trois métiers de la fonction publique où le taux de féminisation atteint les 70%, alors qu’elles représentent 52,3% de l’ensemble des agents de l’administration.

Enfin, le recensement de 1990 montre que, sur les 455 professions détaillées qui composent la nomenclature des C.S.P, 109, soit près d’une sur quatre, comportent une majorité de femmes, mais 36 seulement ne font pas partie des 8 C.S.P mentionnées ci-dessus. Ces 36 professions comprennent notamment :

- 11 professions « indépendantes » : deux catégories d’« aides –familiaux » (d’artisans ou de professions libérales), cinq catégories de petites commerçants, deux professions libérales (dont les psychologues) ainsi que les « artisans coiffeurs, manucures, esthéticiens » et les « artisans teinturiers blanchisseurs » ;

- 3 professions classées parmi les cadres : les bibliothécaires, les cadres de la documentation du secteur privé et les professeurs d’art (hors établissements scolaires) ;

- 8 professions intermédiaires, dont 7 professions intermédiaires administratives et commerciales d’entreprises ;

- 12 professions ouvrières : dans la chimie, le textile, la confection, le cuir, le nettoyage pour l’essentiel (dans un certain nombre de professions, elles sont embauchées en tant qu’ouvrières non qualifiées, mais les employeurs utilisent leur dextérité, qualification généralement acquise par le biais d’une formation à la couture, mais pas toujours reconnue par ces derniers). Tous secteurs confondus, les femmes ouvrières sont bien moins nombreuses que les hommes, mais elles sont tout de même plus d’un million. Les trois quarts d’entre elles sont classées parmi les ouvrier(e)s non qualifiées.

La moitié des femmes actives font partie du groupe des employées. Vingt professions sur les 455 continuent à regrouper à elles seules 45% des femmes qui travaillent (voir tableau 2). La diversification professionnelle des femmes est par conséquent beaucoup plus faible que celle des hommes. De plus elle n’a pas notablement changé dans les années 1980.

La concentration des emplois des femmes dans quelques professions est un élément de fragilité en raison des menaces qui pèsent sur les emplois et les salaires. Le secteur tertiaire a joué dans les années 1960-1980 un rôle moteur dans l’extension du salariat féminin. Entre 1968 et 1973, par exemple, il a assuré à lui seul 83% des créations nettes d’emplois salariés, occupés de surcroît à 60% par des femmes. Mais, depuis près d’une dizaine d’années, ce secteur connaît à son tour un ralentissement sensible de la croissance des emplois, certaines branches particulières sont même entrées dans une forte zone de turbulences qui remet en cause les emplois et les salaires. Les femmes risquent à l’évidence d’en être les principales victimes.

 

Au début du XXème siècle, on note une évolution du travail domestique vers les emplois à "col blanc" (secrétaires, dactylographes, archivistes, vendeuses de timbres, télégraphistes et téléphonistes, institutrices, infirmières, assistantes sociales...), la plupart étant de nouveaux emplois qui perpétuaient la tradition de l'emploi des femmes salariées à des postes non productifs. En général ces activités étaient créées dès le départ comme des emplois bon marché et donc réservés aux femmes.

 

La majeure partie des métiers de "cols blancs" sont occupés par des femmes appartenant aux classes moyennes, groupe social relativement nouveau dans le monde du travail. Bien qu'elles ne constituent qu'une minorité des femmes actives, leur origine sociale et leurs aspirations à l'indépendance économique les différencie des autres femmes. De plus, leur présence est plus menaçante que celle des ouvrières non qualifiées. Ces femmes ont largement inspiré les discours sur la domesticité qui considèrent que les femmes doivent se consacrer à leur famille car l'identité des femmes est selon eux basée sur le statut de mère et d'épouse.

 

Tableau 2 Catégories socioprofessionnelles les plus féminisées

(Recensement 1990)

Catégories socioprofessionnelles en
42 postes

  Effectifs   (en milliers)

% de femmes

Employées administratives d’entreprises

1985

85

Employées civiles, agents de service de la fonction publique

1588

80

Personnels des services directs aux particuliers

994

84

Ouvrières non qualifiées de type industriel

845

40

Employées de commerce

785

81

Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises

644

46

Professions intermédiaires de la santé et du travail social

600

77

Institutrices et assimilées

493

65

Commerçantes et assimilées

359

45

Ouvrières non qualifiées de type artisanal

285

31

Professeurs, professions scientifiques

284

50

Cadres administratives et commerciales d’entreprises

229

30

Ouvrières qualifiées de type industriel

223

14

Artisans

200

24

Professions intermédiaires administratives de la fonction publique

199

50

 

 

            Les caractéristiques des professions féminisées

En fait, la quasi-totalité des professions répertoriées ci-dessus sont soit des professions centrées autour de la famille, soit des professions qui érigent la « féminité » en qualité professionnelle. La division sociale du travail réserve ainsi aux femmes, en premier lieu, les professions qui socialisent les activités, les capacités et les vertus qui sont traditionnellement les leurs au sein de l’univers domestique, notamment dans leurs fonctions ménagères et éducatives. Ainsi les assistantes sociales ou les conseillères en économie sociale et familiales sont quasi exclusivement des femmes (avec respectivement des taux de 94% et 98%). De même les éducateurs de jeunes enfants, ou les aides médico-psychologiques qui compte plus de 80% de femmes. Une seule formation parmi les professions sociales, celle d’éducateur technique spécialisé, compte une minorité de femmes (22%), ce qui s’explique par la qualification professionnelle technique de base exigée (menuisier par exemple). Par ailleurs la même division sociale du travail réserve aux femmes des professions exigeant des vertus soi-disant féminines. Qu’il s’agisse de l’infirmière, de l’esthéticienne, de la vendeuse, ou de la secrétaire, on les veut en effet de préférence dévouées, discrètes, soignées, disponibles et bien sûr compétentes.

 

 

Dans leurs activités professionnelles les femmes sont conduites/ contraintes à investir les qualités et vertus exigées d’elles dans l’univers domestique. D’après Mirella Giannini, les femmes reproduiraient sur le marché du travail une « relationnalité », typique de l’activité du « don », qu’elles apprennent au sein de la famille :

« Les femmes donnent dans les relations de couple et dans les relations familiales, et elles acquièrent ainsi cette forme de relation qui reconnaît les sujets, et en même temps le rôle de l’autre, à travers cette même activité de donner. (…) La relationnalité féminine est totalement orientée vers l’autre. »

Josiane Pinto a montré à quel point le travail de secrétariat, par exemple, ne pouvait être réduit à un certain nombre de caractéristiques techniques : d’une part, ce travail exige aussi tout un ensemble de savoir-faire difficilement formalisables ; d’autre part et surtout, il suppose une relation personnalisée au supérieur, relation de dépendance « qui ne peut être attendue que d’une femme ».

Ainsi, par les professions qu’elle leur réserve, la division sociale du travail inscrit-elle les femmes dans des relations de dépendance et de subordination qui métaphorisent celles qu’elles connaissent traditionnellement dans l’univers domestique. Une conclusion analogue se dégage de l’analyse des conditions et de l’organisation du travail. Trois dimensions de l’organisation du travail sont en effet fortement marquées suivant les sexes : la liberté du travailleur d’organiser son activité et la marge de manœuvre qu’il s’autorise par rapport aux consignes reçues ; l’importance des communications dans l’exercice de son travail ; enfin, l’importance des pouvoirs hiérarchiques.

Il faut rappeler que les femmes occupent surtout des emplois majoritairement non qualifiés du secteur tertiaire. Mais une moindre qualification ne signifie pas toujours une moindre autonomie. Les enquêtes montrent au contraire que les femmes disposent d’une autonomie relative dans le travail. Celle-ci est le plus souvent la conséquence d’un travail relativement simple et isolé (c’est le cas par exemple des concierges ou des femmes de ménages), pour l’exécution duquel il y a par définition peu de consignes à donner et pas ou peu d’organisation collective. Les emplois d’exécution féminins sont en effet situés plus souvent que ceux des hommes dans des organisations du travail peu formalisées.

Dans un deuxième cas de figure, celui des postes de travail plus complexes impliquant davantage de responsabilités et de savoir-faire, le plus souvent l’autonomie des femmes n’est pas reconnue. C’est par exemple le cas des secrétaires, des assistantes maternelles, ou encore des employées administratives d’entreprises et des infirmières. Pour les femmes de ces secteurs, marqués en partie à l’origine par le bénévolat, il a fallu rompre avec l’idée que le dévouement ou la « gentillesse » seraient des qualités « typiquement » ou « naturellement » féminines, et par conséquent sans valeur professionnelle. Le slogan des manifestations des infirmières en grève illustre cette volonté de rupture : « ni bonnes, ni nonnes, ni connes ». Par ailleurs la « déqualification féminine » résulte aussi, on le voit avec les ouvrières de l’électronique par exemple, du fait que les compétences effectives des femmes ne sont pas toujours reconnues par les entreprises en tant que qualification. Ces quelques facteurs contribuent à expliquer, en partie au moins, la sous-rémunération des femmes.

 

 

De plus, les femmes salariées occupent moins souvent que les hommes des positions professionnelles élevées. Et quand les femmes sont cadres, d’autres facteurs de discrimination sont à l’œuvre. On observe notamment deux grandes différences par rapport à leurs homologues hommes. Elles ont moins de contacts avec des interlocuteurs extérieurs à l’entreprise et elles ont moins souvent des responsabilités hiérarchiques au sein même de l’entreprise. Enfin elles interviennent plus rarement dans la rémunération et l’avancement de leurs subordonnés.

Les femmes ont réussi à conquérir de nouvelles professions qui auparavant étaient exclusivement masculines. Certaines de ces professions se sont même massivement féminisées, on pense par exemple aux enseignantes, aux avocates, ou aux médecins. Mais tout se passe comme si les hommes désertaient une profession quand la part des femmes augmente significativement : un métier féminisé ne se masculinise plus. Par exemple la profession d’instituteur bénéficiait, dans un passé récent encore, d’une image sociale positive à défaut de salaires élevés. Celle-ci s’est dégradée progressivement dans les années 1960-1970. Les femmes se sont retrouvées plus massivement encore dans les écoles parce que ce secteur, délaissé par les hommes, leur offrait des emplois. La défection silencieuse des hommes, tout en assurant le changement de la structure de l’emploi permet alors de maintenir l’écart structurel des positions entre hommes et femmes dans la division du travail.

 

" Inégalité de carrière "

Les conditions de travail ou les charges familiales peuvent décourager les femmes de postuler à des postes de responsabilité. Par exemple les horaires tardifs des cadres découragent de nombreuses femmes d’être candidates à des postes de responsabilité. Les cadres français, du secteur public ou privé, ont des durées de travail plus longues que dans les autres pays développés avec une moyenne hebdomadaire de 45 h. Lorsque les femmes consentent à ce sacrifice, c’est au détriment de leur vie familiale.

Par ailleurs, la première insertion sur le marché du travail est marquée par des spécialisations différentes et par une moindre valorisation du diplôme des femmes. Plusieurs études du CEREQ montrent que cet écart se creuse de façon importante avec les années en particulier à cause de moindres promotions (surtout pour les postes d’encadrement) et en raison de l’arrivée des enfants. Ainsi, dans la catégorie ayant débutée comme employé, seulement 17% des femmes, contre 30% des hommes, étaient passées à la catégorie "profession intermédiaire" et 4% des femmes contre 26% des hommes à la catégorie "cadre supérieur". Dans la catégorie ayant débutée comme "profession intermédiaire", 61% des femmes contre 42% des hommes sont restées dans cette catégorie. 17% seulement de femmes, contre 38% des hommes, sont devenus cadres.

Face à ce constat, il y a plusieurs causes. Sur le marché du travail en tant que tel, c’est le moindre accès à la formation continue (qui peut aussi être une conséquence des charges familiales trop lourdes) qui gêne la progression de carrière des femmes. La formation, même si ce n’est pas dans l’immédiat, est la meilleure protection contre le chômage et une clé essentielle à la promotion. Or comme le montre le rapport du Secrétariat d’Etat à la formation professionnelle, les femmes se forment beaucoup moins que les hommes dans un secteur d’activité donné. Les femmes sont employées dans des secteurs peu formateurs : 40% de femmes dans le commerce où le taux d’accès à la formation n’est que de 20%, et 60% de femmes dans le secteur des services non marchands où le taux d’accès à la formation est de 24%. Inversement un secteur formateur comme l’énergie (taux d’accès de 41.3%) ne compte que 21% de femmes.

A l’intérieur d’un secteur, il existe parfois des différences importantes entre les taux d’accès féminins et masculins. Ainsi par exemple dans le secteur des assurances les femmes ont un taux d’accès de 39% contre 53% pour les hommes. Les femmes sont le plus souvent employées dans les petites entreprises où le taux d’accès à la formation est faible : inférieur à 10% pour celles de moins de 10 salariés, et à 20% dans celles de moins de 100 salariés (contre 31% dans les plus de 500 salariés). Un ouvrier qualifié a deux fois plus de chances d’accéder à la formation qu’une femme de même catégorie.

On retrouve pour cette question particulière de l’inégalité dans l’accès à la formation, d’autres causes. Tout d’abord, une cause déjà citée, la moindre mobilité et disponibilité des femmes liées à leurs charges familiales trop importantes. La crainte de l’échec liée à un manque d’assurance peut être une autre explication : les femmes, comme les hommes, définissent eux-mêmes subjectivement le manque d’assurance comme une caractéristique féminine (l’homme est pensé comme sûr de lui et imposant). A l’inverse, certaines femmes ont peur de réussir ; les femmes ont tendance à se situer par rapport à leur conjoint : aujourd’hui encore, l’image d’une femme plus grande et plus âgée que son mari (inversant ainsi la relation visible implicite dominant /dominé) est perçue négativement ou du moins passe pour originale. On retrouve le même mécanisme concernant la réussite sociale : les femmes ont tendance à vouloir être inférieure socialement à leurs conjoints pour que ces derniers ne perdent pas leur dignité de dominant, faisant par-là même perdre la dignité de dominée à leurs femmes. De plus, pour les femmes plus âgées surtout en milieu industriel, l’emploi était plus lié à la nécessité d’un second salaire complémentaire au salaire principal du conjoint : elles sont forcément aujourd’hui très peu "carriéristes". Enfin, l’impact de la formation sur la carrière étant moins favorable pour les femmes que pour les hommes, la motivation de celles-ci est forcément moins forte.

 

Malgré cette présence massive des femmes sur le marché du travail, des ségrégations, des inégalités persistent d'une façon irréductible. Elles se manifestent de deux façons. Tout d'abord dans l'accès au marché du travail et les formes d'emplois. Sur l'accès au marché du travail, on peut voir que les trajectoires d'accès des jeunes à l'emploi s'égalisent à peu près après le bac, une fois franchi le niveau du bac. Mais dans les niveaux de diplômes plus bas, les jeunes filles mettent beaucoup plus de temps que les garçons à trouver un premier emploi et recourent beaucoup plus massivement aux formes d'aide à l'emploi des jeunes. 63 % des jeunes filles y recourent pour seulement 51 % des garçons. Là, on voit déjà une différenciation dès le début de la vie active.

 

Une partie des écarts de salaire entre hommes et femmes à capital humain identique est donc liée à des différences d’accès aux positions. De fait, si l’on compare la probabilité d’occuper un emploi de cadre pour les hommes et les femmes, ayant un diplôme identique et un niveau d’expérience égal, on observe systématiquement une probabilité plus faible d’occuper un emploi de cadre pour une femme que pour un homme.

L’investissement réussi des femmes en termes de capital humain ne leur assure pourtant pas un accès identique aux différentes positions professionnelles.

Au bout de dix ans d’expérience, un titulaire d’un baccalauréat général qui a un emploi a 17 % de chances d’occuper un emploi de cadre si c’est un homme, 8 % si c’est une femme. Pour un titulaire d’un diplôme de deuxième ou troisième cycle universitaire, ses chances d’occuper un emploi de cadre avec dix ans d’expérience sont de 76 % s’il s’agit d’un homme, de 57 % s’il s’agit d’une femme. Enfin, pour un diplômé d’une grande école, ses chances d’occuper un emploi de cadre avec dix ans d’expérience sont de 88 % s’il s’agit d’un homme, de 76 % s’il s’agit d’une femme.

 

De plus, le métier de secrétaire illustre à l’extrême la spécialisation des genres avec 98 % de femmes et 2 % d’hommes. Pour tout le monde, il n'y a rien de plus naturel que de penser qu'être secrétaire, c'est un métier de femme. Or, il faut savoir qu'au XIXe siècle, être secrétaire, c'était un métier d'homme. Il y a donc eu une inversion radicale du sexe de ce métier, on n'est pas obligé d'admettre comme acquise ou définitive ce que doit être la place des hommes et des femmes dans la société.

Dans les métiers les plus féminisés comme ceux de garde d’enfants ou d’employés du commerce et des services, les emplois sont souvent à temps partiel ou précaires. Sur 10 ouvrières, 6 occupent un emploi peu qualifié. Enfin les femmes occupent souvent un emploi pour lequel elles sont souvent surdiplômées en particulier les jeunes en raison de la concurrence pour l’accès aux emplois. 80 % des salariés pauvres sont des femmes au SMIC ou à temps partiel.

 

Les conditions de travail

 

La politique française a longtemps été perçue comme "protectrice" à l’égard des femmes. Il y a là une contradiction entre les charges familiales encore très incombées aux femmes et la sur représentation des femmes dans les métiers qui demandent une forte disponibilité horaire comme le soin aux personnes et le commerce. Elles sont souvent confrontées au travail de nuit, à des amplitudes journalières importantes et à une irrégularité des horaires : l’augmentation des horaires atypiques (travail avant 8 h, après 18 h, durant le week-end), qui concernent désormais la majorité des salariés, pose de nombreuses difficultés aux mères de famille.

Les conditions matérielles de travail sont vécues comme difficiles dans de nombreux secteurs, en particulier dans le textile où le travail est resté très manuel, ainsi que dans le secteur agro-alimentaire et la grande distribution. Il est vrai qu’en prônant l’égalité des chances, et en refusant la politique publique française longtemps perçue comme "protectrice" à l’égard des femmes, les femmes doivent accepter les inconvénients de travaux qui demandent une forte résistance physique, et ainsi ne pas être perçue comme le "sexe faible". Cependant, la répartition structurelle des hommes et des femmes, fait que les femmes sont sur représentées dans les secteurs où les conditions de travail sont parmi les plus difficiles.

 

 

Actuellement en France est privilégiée l’issu « libéral flexible » à la crise du fordisme. On assiste à une quadri-répartition du salariat :

1) Un segment hautement qualifié et rémunéré bénéficiant d’un transfert de plus value

2) Un segment de salariés, permanents et relativement qualifiés

3) Un segment à insertion précaire et à faible salaire (pas forcement faiblement qualifiés)

4) Un segment durablement exclus du salariat.

 

Du fait des rapports sociaux de sexe et selon les enchaînements causaux largement analysé dans la littérature féministe, les femmes, quoique de plus en plus représentées dans les segments 1 et 2, sont surreprésentées dans les 3 et 4 (qui pour les femmes, se subdivise en 2 cas différents ; ménages d’exclues et femmes au foyer).

C’est surtout dans le segment 2 et dans la Fonction publique (les « professions intermédiaires » de l’enseignement, de la santé, des fonction du travail sociales) que la « montée professionnelle » s’est exprimée.

Mais ce phénomène a peu touché le secteur concurrentiel (sauf banque et assurance) et, même dans le public, elle concerne à peine le segment1.

En revanche le segment 3 a été littéralement envahi par les femmes à tel point qu’on a pu mettre cette « prolifération » exactement au regard de l’entrée des femmes dans le salariat.

 

Quant à l’exclusion des femmes il s’agit d’une notion plus complexe que chez les hommes puisqu’il leur reste assez souvent la ressource de vivre « au foyer » d’un homme non exclu. Elles ne sont pas alors exclus « socialement » elles sont à l’écart du salariat. Toutefois une femme au foyer d’un précaire est en fait une exclue salarié et sociale et surtout une femme au foyer n’a aucune garanti, de trouver une indépendance économique. Pour les femmes au foyer aussi, la précarité et l’exclusion sont une menace qui pèse lourdement sur leurs choix affectifs et domestiques, et il est légitime de les compter ici comme des exclues en puissance. Pour celles-là, comme pour les exclues explicites, pour les précaires et même pour celles qui ont un emplois stable mais sont menacées à terme, avec leur filles et leur sœurs, par la montée du chômage, le volume global d’emploi disponible est une condition déterminante de leur libération en tant que femmes.

 

Evolution des effectifs Ouvriers et Employés

En milliers, hors agriculture

 

 Hommes

 Femmes

 Ensemble

 

Ouvriers

Employés

Ouvriers

Employés

Ouvriers

Employés

    1980

5.761

1.260

1.655

2.400

11.076

17.404

    1990

4.862

1.440

1.213

4.504

12.019

18.302

Différence

- 899

+ 180

- 442

+ 2.104

+ 943

+ 897

Source INSEE enquête emploi

 

La principale transformation peut s’analyser comme la substitution à grande échelle du travail d’employées (femmes) à celui des ouvriers (hommes).

 

1.      Le bilan de la décennie du point de vue de l’emploi des femmes est contradictoire. D’un coté, leur part dans l’emploi total a augmenté, et cette progression s’est accompagnée d’un véritable chassé-croisé en effectifs absolus : il y a eu en 1990 moins d’emplois masculins et plus d’emplois féminins qu’en 1980. Mais d’un autre coté, cette progression correspond pour 80 % à une augmentation du recours au temps partiel, dont on ne prend bien la mesure qu’en résonnant sur les flux d’emplois entre deux dates.

 

2.    Cette progression du travail des femmes va de paire avec un déplacement des emplois d’une logique « industrielle » vers une logique « de service », du travail ouvrier vers les postes d’employés, du travail des hommes à celui des femmes. Elle s’inscrit donc dans un mouvement d’ensemble qui permet de comprendre par exemple qu’un certain nombre d’emplois masculins ont été détruits avant tout parce qu’il s’agissait d’emplois ouvriers, et secondairement parce qu’il s’agissait d’emplois masculins. Il est difficile de faire apparaître une logique de division sexuelle du travail parfaitement déconnectée des autres déterminations de la division du travail.

 

3.      L’analyse qui est avancée ici conduit à une appréciation relativement pessimiste quant à la dynamique de l’emploi des femmes. Sa progression peut s’interpréter comme une modalité spécifique, « passive », des inscriptions dans la réalité de l’aspiration des femmes à l’emploi, dans la mesure où la progression de l’emploi des femmes est en grande partie le résultat quasi mécanique des transformations dans la structure de répartition du volume de travail.

 

C’est pourquoi, à coté des formes classiques d’emploi à temps partiel, se développe pour les femmes une multiplicité de formes d’emplois à temps réduit et à horaires instables et morcelés, dont l’irrégularité est contrainte et fixée par les rythmes de l’activité de plus en plus dépendant de la demande des clients. Alors que cette pratique était jusqu’ici circonscrite aux établissements de commerce, grandes distributions ou restauration, ces cas semblent avoir eu une valeur d’exemple puisque ce schéma d’utilisation du temps partiel qui prévaut dans la logique de partage du travail actuellement développé. Vu sous ces angles, le partage du travail se fait donc le plus souvent contre l’intérêt des femmes. Le « partage » imposé par le temps partiel et le glissement vers la précarité qui l’accompagne reste l’apanage des femmes, même si les horaires réduits apparaissent de plus en plus souvent comme un passage obligé pour l’insertion sur le marché du travail et cela quelque soit le sexe.

 

 

Par ailleurs, l’extension de l’allocation parentale d’éducation (APE) au 2ème enfant en 1994 a entraîné des retraits d’activité dans certaines catégories professionnelles. Ces retraits ont concerné surtout les femmes peu qualifiées, peu motivées par leur emploi, découragées de trouver un emploi pour celles qui étaient au chômage. Le problème est que ces femmes déjà peu qualifiées, déconnectées en plus du marché du travail après trois ans et plus d’inactivité, auront du mal à se réinsérer lorsqu’elles arbitreront à nouveau en faveur du travail. Ainsi le nombre de femmes actives parmi la population éligible a diminué de plus de 100.000 en trois ans. En grande partie à cause de l’APE, le taux d’activité des mères de 2 enfants vivant en couple et dont le benjamin est né entre mars 1994 et mars 1997 est passé de 70% à 55% d’après une étude menée par le CREDOC en mai 1999.

 

En outre, les emplois féminins sont enfin mieux protégés contre les licenciements conjoncturels que les emplois masculins, au fait de leur prépondérance dans les services et dans l’administration, moins sensibles à la conjoncture que les emplois industriels ou privés.

 

34% des recruteurs avouent des pratiques sexistes de recrutement : questions illégales lors de l'entretien d'embauche : activité du conjoint, projet d'enfants, mode de garde des enfants Pour 54% des recruteurs interrogés lors d'une enquête effectuée par Rebondir, avoir un enfant représente un handicap dans l'évolution professionnel d'une femme.

 

Cependant, il existe une loi relative à l’égalité professionnelle du 9 mai 2001 traduisant la volonté politique d’améliorer la qualité de l’emploi pour les femmes, en introduisant dans les négociations collectives l’obligation de traiter de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. L’assouplissement du contrat d’égalité intégré dans ces dispositions va dans ce sens.

 

En outre, les femmes cadres sont recrutées à un niveau de diplôme plus élevé que les hommes, mais peu sur les métiers les plus valorisés (management, finances) ou dans les hauts niveaux de responsabilité (postes commerciaux de haut niveau).

 

La majorité des emplois féminins reste concentrée dans quelques secteurs d’activité et regroupées sur un petit nombre de professions déjà fortement féminisées.

Malgré cette présence massive des femmes sur le marché du travail, des ségrégations, des inégalités persistent d'une façon irréductible. Elles se manifestent de deux façons. Tout d'abord dans l'accès au marché du travail et les formes d'emplois. Sur l'accès au marché du travail, on peut voir que les trajectoires d'accès des jeunes à l'emploi s'égalisent à peu près après le bac, une fois franchi le niveau du bac. Mais dans les niveaux de diplômes plus bas, les jeunes filles mettent beaucoup plus de temps que les garçons à trouver un premier emploi et recourent beaucoup plus massivement aux formes d'aide à l'emploi des jeunes. 63 % des jeunes filles y recourent pour seulement 51 % des garçons. Là, on voit déjà une différenciation dès le début de la vie active.

 

Actifs occupés selon le secteur d’activité

 

 Femmes

 Hommes

Part des femmes(en %)

% de la population féminine occupée

Agriculture, sylviculture et pêche

301

683

30,6

2,8

Industries agricoles

231

401

36,5

2,1

Industries des biens de consommation

341

398

46,1

3,1

Industrie automobile

58

251

18,7

0,5

Industries des biens d’équipement

156

670

18,8

1,4

Industries des biens intermédiaires

376

1.142

24,8

3,5

Energie

48

180

21,0

0,4

Construction

145

1.349

9,7

1,3

Commerce et réparations

1.380

1.698

44,8

12,7

Transports

239

858

21,8

2,2

Activités financières

381

332

53,5

3,5

Activités immobilières

181

153

54,2

1,7

Services aux entreprises

1.303

1.796

42,0

12,0

Services aux particuliers

1.296

703

64,8

12,0

Education, santé, action sociale

3.107

1.223

71,8

28,7

Administrations

1.294

1.264

50,6

11,9

Total

10.838

13.103

45,3

100,0

Source : Insee, enquêtes Emploi 2002

Regards sur la parité – Edition 2003

 

Répartition sectorielle des emplois féminins en France, (en %)

 

1980

1985

1990

1996

Agriculture

8

6

5

3

Industrie et bâtiment

22

19

17

15

Tertiaire

70

75

78

82

Total

100

100

100

100

En 1996, 3% de femmes se trouvaient dans le secteur primaire, contre 82% qui étaient dans le secteur tertiaire.

 

Répartition des emplois par secteurs d’activité en France 1996 (en %)

Hommes et Femmes

Hommes

Femmes

Agriculture

Industrie

Services

Agriculture

Industrie

Services

Agriculture

Industrie

Services

5

27

69

6

36

58

4

14

82

 

Répartition des emplois féminins en France

En %

 

Agriculture

 Salariées

 Patronnes

Professions libérales

 Employées

   1962

17,7

1,5

11,1

0,3

26,8

   1968

13,1

0,9

9,7

0,4

31,7

   1982

5,7

0,5

6,4

0,6

21,2

 

 

Ainsi, les carrières des hommes et des femmes tendent à se rapprocher, mais les femmes sont toujours peu représentées dans la haute hiérarchie, même s’il faut ici tenir compte d’un effet de génération puisque les femmes sont entrées dans ces professions plus tard que les hommes. Dans la magistrature, les femmes posent moins fréquemment leur candidature à des postes élevés : effet de découragement, d’autocensure, du refus de se consacrer entièrement à son métier, raisons familiales...

De façon générale, il semblerait qu’aujourd’hui les stratégies des jeunes femmes très diplômées se diversifient. On ne peut pas réellement parler dans ce cas de permanence des inégalités de sexe sur ce marché du travail. Selon Christine Fournier, le diplôme, source d’une plus grande autonomie, "peut être envisagé non seulement comme le ressort d’une réduction systématique des inégalités, mais comme le facteur d’un desserrement des contraintes".

De plus, la discrimination rend l’accès aux filles aux postes de travail plus difficile, mais une fois dans la place, elles en tirent parti comme les hommes.