AUJOURD'HUI

ACCUEIL

 

PARTIE I: HISTOIRE

A PARTIR DU XVIII EME SIECLE

-Soumission et exclusion

-Politique

-Travail

 

PARTIE II: ET LES GUERRES

L’IMPACT DE LA GUERRE SUR LA FEMME

-La première guerre mondiale

-L’entre deux guerres

-La deuxième guerre mondiale

 

PARTIE III: LEGISLATION

L'EVOLUTION DE LA DEMARCHE LEGISLATIVE VERS LA PARITE

-Chronologie

-L'évolution et la révision des lois

-L'implication de l'Etat, exécution et application des lois

 

PARTIE IV: AUJOURD'HUI

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Général

-Taux d’activité féminin

-Chômage

-Précarité et CSP des femmes

-Temps partiel

-En ce qui concerne les salaires

-Travail domestique

-Politique

-Privé / Public

 

PARTIE V: CHANGEMENTS

MARCHE VERS LA PARITE??

-Revendication

-Les difficultés du changement

-Ségrégation horizontale et verticale

-Scolarité et Diplome

 

PARTIE VI: PARCE QUE...

LES RAISONS DE CETTE EVOLUTION

-Du coté de la société

-Du coté de la pensée féministe

 

CONCLUSION

 

LIVRE D'OR

 

Commentaires !

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-En ce qui concerne les salaires

 

En termes de carrières salariales, les femmes apparaissent doublement pénalisées. D’une part, l’accumulation d’expérience professionnelle leur est nettement moins favorable. D’autre part, même si l’accumulation d’ancienneté dans l’entreprise leur est plus favorable en termes de salaire, cet effet risque de les confiner à des carrières internes et de restreindre leurs possibilités de mobilités professionnelles bénéfiques.

Par ailleurs, les interruptions de carrières, (chômage ou inactivité à qui touchent davantage les femmes) sont fortement pénalisantes, même si les périodes d’inactivité sont moins coûteuses pour les femmes.

Le salaire moyen féminin a progressé par rapport au salaire masculin mais il laisse néanmoins subsister des écarts significatifs de rémunération entre sexes.

 

 

D’après le chiffre synthétique généralement retenu par les publications des institutions officielles, le salaire des femmes est inférieur d’environ 20%, en moyenne, à celui des hommes. On peut traduire exactement la même réalité en disant que les hommes gagnent en moyenne 25% de plus que les femmes.

Cependant ces écarts de salaires sont nettement plus élevés dans le secteur privé qui emploie à lui seul près de 60% des salaires en 1994. Le salaire moyen net des hommes y est supérieur de près de 28% à celui des femmes dans le cas des salariés travaillant à temps complet (voir tableau 1). Cet écart global semble en voie de diminution, puisqu’il atteignait encore 34% en 1987. Cette diminution doit cependant être relativisée dans la mesure où les emplois à temps partiel, réservés de facto aux femmes, se sont multipliés ces dernières années. Cet écart (calculé sur les seuls salariés à temps complet) serait évidemment plus important si on tenait compte des salaires effectivement perçus par l’ensemble des salariés du privé, qu’ils travaillent à temps complet ou à temps partiel. La comparaison des salaires des hommes et des femmes au sein des différentes catégories socioprofessionnelles montre des écarts très variables. Les salaires moyens des cadres masculins du privé travaillant à temps complet sont en effet 35% plus élevés que ceux de leurs collègues femmes. L’écart est un peu moins élevé parmi les ouvriers (environ20%), et nettement moindre, respectivement 13% et 8%, dans les catégories plus féminisées, professions intermédiaires et employés.

Dans la fonction publique, les différences de salaires entre hommes et femmes sont un peu moins fortes, l’écart se réduit à moins de 19% en 1994. Cependant les écarts de salaires persistent, y compris à grade égal. A qualification égale, les hommes ont en effet toujours une rémunération supérieure de près de 20% à celles des femmes. Compte tenu de l’absence de discrimination de sexe de jure, ces écarts proviennent surtout de différences dans l’avancement des carrières, mais aussi de la nature des postes occupés : les femmes sont en effet surreprésentées dans les professions intermédiaires de l’enseignement et du social et dans les catégories subordonnées, notamment celles des employés. Leur ancienneté est également souvent moindre ; par exemple, la féminisation plus tardive de certaines filières peut ainsi expliquer une partie des différences observées. C’est le cas par exemple de l’enseignement supérieur où la moyenne des rémunérations des hommes excède de près de 25% celle des femmes, plus jeunes, mais aussi moins gradées, que leurs collègues masculins. Enfin, un tiers des femmes ont un « taux de prime » supérieur à dix pour cent de leur salaire net de base contre près de soixante-dix pour cent pour les hommes. Ce « taux de prime » recouvre des réalités variables selon les administrations, mais correspond pour l’essentiel à des heures supplémentaires.

 

Tableau 1

Salaires moyens annuels nets de prélèvements-cotisations sociales et CSG-(emplois à temps complet, secteur privé, en milliers de franc courants arrondis)

 

1992

1993

1994

 

H

F

H/F

H

F

H/F

H

F

H/F

Ensemble

128

99

+29

131

102

+28

133

104

+28

Cadres

260

193

+35

264

196

+35

265

197

+35

Professions intermédiaires

135

119

+13

137

121

+13

138

122

+13

Employés

92

85

+08

93

86

+08

94

87

+08

Ouvriers qualifiés

94

79

+19

95

80

+19

96

81

+19

Ouvriers non qualifiés

79

66

+20

80

67

+19

81

67

+21

SMIC annuel net

56

 

_

56

 

_

57

 

_

 

H/F : différence entre les salaires des hommes et ceux des femmes rapportée à ces dernières (en %).

 

 

Un autre type de comparaison est très instructif : celui qui, au lieu de comparer des moyennes de catégories, compare l’écart des différents déciles de salariés à temps complet, hommes et femmes, classés des plus mal payés aux mieux payés. On observe en premier lieu que les écarts, salaires bruts et salaires nets, sont de l’ordre de 15% en faveur de hommes pour les 6 premiers déciles, c’est-à-dire pour les salariés ayant des salaires faibles ou moyens (moins de 102 000F par an pour les femmes et moins de 128 000F par an pour les hommes). Ces salariés sont majoritairement des employés quand il s’agit des femmes et des ouvriers s’agissant des hommes. Mais quand les salaires nets sont plus élevés, l’écart entre hommes et femmes augmente. Il atteint 18% pour le 7e décile, 25% pour le 8e et même 41% pour le 9e (Voir tableau 2).

 

Tableau 2

Distribution des salaires du secteur privé par déciles et selon le sexe en 1994 (temps complet, en milliers de francs)

Déciles

Ensemble

secteur privé

Hommes

secteur privé

Femmes

Secteur privé

Rapport H/F

 

SB

SN

TX p

SB

SN

TX p

SB

SN

TX p

SB

SN

D1

81

65

20,3

87

69

20,3

75

60

20,2

+16

+15

D2

93

74

20,4

99

78

20,4

86

68

20,3

+15

+15

D3

104

83

20,4

110

87

20,5

95

75

20,4

+16

+16

D4

115

91

20,5

121

96

20,5

105

83

20,4

+15

+16

D5 médian

126

100

20,5

136

105

20,5

116

92

20,5

+17

+14

D6

140

110

20,6

147

117

20,6

128

102

20,5

+15

+15

D7

158

126

20,4

169

135

20,1

143

114

20,6

+18

+18

D8

187

150

19,7

203

164

19,4

165

131

20,2

+23

+25

D9

244

198

19,0

273

221

18,9

195

157

19,6

+40

+41

Salaire moyen

152

122

19,7

165

133

19,5

129

104

20,0

+28

+28

D9/D1

2,99

3,04

_

3,15

3,21

_

2,60

2,62

_

 

 

Lecture : en 1994, 10% de l’ensemble des salariés à temps complet ont un salaire brut annuel inférieur à 81000 francs, 20% un salaire brut inférieur à 93 000 francs, etc.

H/F : même signification que dans le tableau précédent.

SB salaire brut

SN salaire net

TX p taux de prélèvement

 

Donc, si globalement, depuis une trentaine d’années, d’après les statistiques fournies par l’INSEE, les écarts moyens de salaires, entre hommes et femmes à temps complet, ont tendance à se réduire, il semblerait bien cependant qu’il y ait eu un renversement de tendance depuis une dizaine d’années. Le temps partiel qui touche surtout les femmes et les politiques salariales d’intéressement ou d’individualisation des primes, d’inspiration néo-libérale, qui concernent davantage les hommes, y compris dans le secteur public ou semi-public, accentuent les inégalités.

            Des écarts non justifiés

En prenant en considération les effets de secteur et de structure et les différences de compétences et de formation, on peut dégager a priori cinq types d’explications, pour tenter de rendre compte théoriquement de ces écarts de salaires entre hommes et femmes. Cependant aucune n’est entièrement satisfaisante.

1)     Les femmes occupent plus souvent des professions faiblement rémunérées. C’est ainsi qu’il y a deux fois et demi plus de smicardes que de smicards. Les causes de cette différence sont connues : les femmes occupent plus souvent que les hommes des postes moins qualifiés, on les rencontre plus souvent dans les petites entreprises, à la fois dans des secteurs anciens très féminisés où les salaires sont moindres, comme par exemple le textile, et les conventions collectives, comme le commerce de détail. Mais, même à profession équivalente, l’écart reste encore compris entre 5 à 19% suivant les cas.

2)     Les femmes actives sont en moyenne plus jeunes, elles ont donc en moyenne, moins d’ancienneté. On observe cependant à profession et âge donnés un écart de salaires entre hommes et femmes qui dépasse encore parfois les 10%, mais depuis quelques années cet écart devrait se réduire en raison même de l’ancienneté du développement du travail féminin, à condition que la part des rémunérations sous forme de prime recule.

3)     Les femmes interrompent plus souvent leur carrière professionnelle que les hommes. Les carrières des femmes étant moins continues, cela a pour conséquence de freiner les promotions et les avantages financiers qui en découlent. Mais les femmes ont de plus en plus une activité professionnelle continue, les écarts devraient donc se réduire. Et on constate par ailleurs, même en début de carrière que, à diplôme équivalent, les hommes accèdent plus facilement aux postes les mieux rémunérés.

4)     Les femmes auraient, à entendre les dirigeants des entreprises, un absentéisme trop élevé, ce facteur justifierait alors les rémunérations et les promotions inférieures à celles des hommes. Pourtant l’INSEE a mis en évidence que les femmes (exception faite des congés pris en raison d’enfants malades) ne sont pas plus absentes que les hommes.

5)     Les femmes seraient moins qualifiées, donc moins formées. Si cela est encore vrai des plus âgées (plus de 50 ans) qui sont moins diplômées que les hommes, toutes les autres générations de femmes sont au contraire plus diplômées que les hommes, le niveau de formation et de diplôme ne peut en aucun cas justifier l’écart moyen qui subsiste en faveur des hommes.

Par conséquent, il est clair qu’un écart de salaire non justifié subsiste en faveur des hommes. Et celui-ci ne peut en aucun cas s’expliquer totalement par des différences d’expériences ou de compétence.

 

Les écarts de revenu salarial entre hommes et femmes en début de carrière

 

Dans le secteur privé, l’écart de revenu salarial moyen entre hommes et femmes ne s’est pas effacé, ni pour les débutants ni après cinq ans de carrières. Mais il diminue d’une génération à l’autre entre les hommes et les femmes ayant des parcours similaires. Plus généralement, il diminue pour les salariés à temps complet, notamment parce que les femmes occupent de plus en plus souvent des emplois qualifiés. Néanmoins, le développement du temps partiel, subi ou choisi, ayant été plus marqué pour les femmes que pour les hommes, les écarts de revenu salarial entre hommes et femmes se sont accentués.

Au cours des 30 dernières années, alors que l’emploi masculin a baissé de 300 000 unités, l’emploi féminin s’est accru de 3 millions. Il s’est surtout développé dans le secteur public et dans le secteur tertiaire marchand. Les comportements d’activité des femmes se sont rapprochés de ceux des hommes. Les femmes interrompent leurs carrières moins souvent à la naissance des enfants et les taux d’activité ne diminuent plus entre 25 et 35 ans, comme c’était le cas des générations plus anciennes. Pour analyser les écarts de revenu salarial entre sexes, il est nécessaire de tenir compte de toutes les formes d’emplois, et de faire porter la comparaison sur des individus entrant à la même date sur le marché du travail. Compte tenu des données disponibles, cette comparaison ne portera que sur les salariés du secteur privé ayant débuté après 1976 et sur leurs salaires mensuels (pour les salariés à temps partiel, les salaires ne sont pas ramenés en équivalent temps-plein, les données ne contenant pas le nombre d’heures travaillées). Les débutants sont définis comme les salariés ayant un premier emploi de plus de 6 mois (hors apprentis, stagiaires). Ils sont déjà relativement insérés. Parmi eux, la proportion de femmes reste constante au cours des générations, autour de 45%.

 

            Début de carrière : l’écart brut s’accroît d’une génération à l’autre…

Pour les débutants, l’écart brut de rémunération mensuelle entre hommes et femmes s’est accru pour les générations récentes. De 14,7% en faveur des hommes à la fin des années 1970, cet écart est passé à 22,2% au début des années 1990 (tableau 3).

 

Tableau 3

 Surcroît de salaire mensuel pour les hommes en début de carrière

En %

 

A 1er emploi comparable*

Type du 1er emploi

Tous types d’emplois

 

 

 

A temps complet

A temps partiel

 

Cohortes 1976 à 1980

10,3

8,5

17,2

14,7

Cohortes 1982 à 1987

9,7

9,4

14,8

19,4

Cohortes 1988 à 1989

9,0

8,4

15,7

20,6

Cohortes 1991 à 1992

8,5

9,4

12,2

22,2

Champ : débutants âgés de 16 à 35 ans occupant un premier emploi durable (emploi d’au moins 6 mois hors apprentis-stagiaires) dans le secteur privé et les entreprises publiques.

* : Caractéristiques prises en compte : temps de travail, âge, catégorie socioprofessionnelle en 8 postes, secteur d’activité en 16 postes, taille de l’entreprise en 11 postes, région en 9 postes.

Lecture : parmi les salariés ayant débuté entre 1976 et 1980, le salaire moyen des hommes en début de carrière était supérieur de 14,7% à celui des femmes et de 10,3% dans des emplois comparables. Pour des salaires débutant à temps complet, cet écart n’était que de 8,5% en faveur des hommes alors qu’il atteignait 17,2% pour les débutants à temps partiel.

 

Pour toutes les générations, l’écart de salaire mensuel entre les sexes est plus faible pour les débutants à temps complet que pour les débutants à temps partiel. En revanche, les évolutions d’une génération à l’autre diffèrent selon le type d’emploi. Pour les débutants à temps complet, l’écart reste remarquablement stable : les rémunérations mensuelles des hommes sont supérieures d’environ 9% à celles des femmes quelles que soient les générations (tableau 1). Pour des débutants sur des emplois à temps partiel, cet écart de salaire mensuel entre hommes et femmes a nettement diminué en vingt ans, passant de 17,2% pour les entrants de la fin des années 1970 à 12,2% pour les entrants dans les années 1991-1992.

Si l’écart d’ensemble s’est accru, c’est que, lorsqu’elles débutent, les jeunes femmes occupent plus souvent que les hommes des emplois à temps partiel, et qu’en vingt ans, cette tendance n’a fait que s’accentuer. Ainsi, 19% des jeunes femmes débutant dans la seconde moitié des années 1970 n’étaient pas à temps complet contre 11,5% des jeunes hommes, soit un écart de 7,5 points. Au tout début des années 1990, 35,2% des premiers emplois occupés par des femmes étaient à temps partiel contre 17,7% des premiers emplois des hommes, soit un écart bien plus important de 17,5 points. Certaines femmes, grâce au temps partiel, concilient mieux vie professionnelle et vie familiales, que ce soit en début ou en cours de carrière, et évitent en particulier d’interrompre momentanément leur carrière à la naissance d’un enfant. Mais beaucoup de femmes faiblement qualifiées n’ont pas d’autre choix que le temps partiel. En 1992, 53% des femmes salariées de moins de 26 ans occupant un emploi à tems partiel et 49% des jeunes hommes souhaitent travailler davantage, le plus souvent à temps plein. Au total, plus souvent à temps partiel en début de carrière, les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à subir cet état.

 

            … mais il se réduit lorsque le premier emploi est comparable

D’autres aspects que le temps de travail expliquent les écarts de salaire mensuel entre hommes et femmes. La prise en compte de caractéristiques supplémentaires, telles que la qualification, le secteur d’activité, la taille de l’entreprise et la région, réduit l’amplitude des écarts. Néanmoins, quand bien même ils occupent des emplois comparables en début de carrière, c’est-à-dire ayant toutes ces caractéristiques en commun, les hommes et les femmes perçoivent des salaires différents. Pour les débutants en 1991-1992, avec la finesse des informations disponibles dans la source utilisée, l’écart est de 8,5% en faveur des hommes. Il s’est réduit par rapport aux générations plus anciennes. Il était en effet de 10,3% pour les débutants de la fin des années soixante-dix (tableau 1). Une description plus précise en temps de qualification ou de temps travaillé des premiers emplois occupés conduirait à des écarts de salaire mensuel plus faibles entre hommes et femmes.

 

 

            Cinq ans après : les femmes moins souvent en emploi…

En cours de carrière, les écarts de salaire mensuel sont en partie influencés par les différences de participation au marché du travail entre hommes et femmes : au bout de cinq ans, les femmes sont moins souvent en emploi que les hommes ayant débuté à la même époque qu’elles. Les débutantes considérées ici sont toutes nées après les années 1950. Leurs comportements d’activité sont proches, au moins durant les premières années de carrière. Ainsi, cinq ans après l’entrée sur le marché du travail, le taux de présence des hommes est supérieur d’environ 10% à celui des femmes, quelles que soient les générations considérées. Certes il existe un « biais de sélection » : les femmes qui bénéficient des meilleures opportunités de progression sont celles qui continuent le plus souvent à travailler. Mais les comparaisons de salaire mensuel entre hommes et femmes au bout de cinq ans ne devraient pas en être faussées car ce biais est à peu près constant. En revanche, au bout de 10 ans, les femmes des générations les plus anciennes étaient moins présentes, relativement aux hommes, que leurs cadettes.

 

            … et davantage à temps partiel : les écarts de salaire mensuel se creusent

Au bout de cinq ans l’écart moyen entre hommes et femmes est de l’ordre de 26% pour les générations de la seconde moitié des années 1970 comme pour celles du début des années 1990. Mais, à la fin des années 1970, la plus forte proportion de femmes que d’hommes à temps partiel en cours de carrière contribuait pour 3,7 points aux 25,6% d’écart de salaire mensuel ; au début des années 1990, cette contribution augmente sensiblement et passe à 11,6 points.

Lorsque les femmes débutent à temps partiel et ne s’arrêtent pas de travailler, leur probabilité d’occuper un emploi à temps complet s’amenuise avec le temps. Ceci contribue à creuser en cours de carrière l’écart de salaire mensuel avec les hommes, et ce davantage pour les générations récentes. Ainsi, à la fin des années 1970, 79% des hommes débutant à temps partiel occupaient cinq ans plus tard un emploi à temps complet contre 62,8% des femmes ; l’écart est de 16,2 points. Au début des années 1990, ces proportions ont diminué de 9,9 points pour les hommes et de 14,1 points pour les femmes ; l’écart est alors de 20,4 points. De plus, même les femmes qui débutent à temps complet passent plus souvent à temps partiel en cours de carrière que les hommes débutent comme elles à temps complet. Parmi les femmes ayant débuté à temps complet dans la seconde moitié des années 1970, 13,1% travaillent à temps partiel au bout de cinq ans, soit 6,2 points de plus que les hommes. L’écart atteint 11,6 points pour les débutants des années 1991-1992 (22,5%-10,9%).

 

            Des femmes plus qualifiées dans les générations récentes

Pour les débutants dans la seconde moitié des années 1970, l’écart de salaire mensuel entre hommes et femmes passe donc de 14,7% en début de carrière à 25,6% au bout de cinq ans, soit un accroissement de 10,9 points.

Les écarts de salaire mensuel en cours de carrière évoluent différemment d’une génération à l’autre selon le type d’emploi occupé en début de carrière. Ainsi, pour des hommes et des femmes débutant à temps partiel, l’écart se creuse légèrement plus pour les cohortes (groupe de personne) récentes. Il passe au bout de cinq ans de 12,2% à 29,7% pour les cohortes les plus récentes (soit + 17,5 points), et de 17,2% à 34% pour les cohortes les plus anciennes (soit + 16,8 points). A l’inverse, quand les hommes et les femmes débutent à temps complet, les écarts de salaire mensuel en cours de carrière se réduisent d’une génération à l’autre, tous emplois confondus. Cela vient du fait que les femmes à temps complet occupent des emplois plus qualifiés qu’auparavant. Cet effet l’emporte sur celui, jouant en sens inverse, lié à la plus forte probabilité de passer à temps partiel. Ainsi, pour les cohortes de la fin des années 1970, l’écart moyen entre sexes de 8,5% en début de carrière est de 23,1% au bout de cinq ans ; l’accroissement est de 14,6 points. Pour cohortes des années 1991-1992, cet écart ne s’accroît que de 9,4 points en 5 ans, passant de 9,4% à 18,8%

 

            A premier emploi comparable, l’écart se creuse plus aujourd’hui qu’hier…

D’une génération à l’autre, l’augmentation du temps partiel en début comme en cours de carrière contribue à creuser les écarts de salaire entre hommes et femmes. Mais l’élévation du niveau de qualification des femmes par rapport aux hommes contribue à les réduire. Pour contrôler ces effets de structure, il importe de comparer les écarts de salaire mensuel en cours de carrière d’hommes et de femmes ayant débuté sur des emplois comparables, mais n’ayant pas nécessairement connu les mêmes changements de situation d’emploi par la suite. De fait, lorsque l’on tient compte de toutes les caractéristiques du premier emploi occupé et du biais de sélection lié au comportement de participation des salariés cinq ans plus tard, les écarts entre hommes et femmes au bout de ces cinq ans se creusent plus aujourd’hui qu’hier. Ainsi, alors qu’en début de carrière, sur le même type d’emploi, les écarts de salaire mensuel se sont réduits pour les générations récentes, au bout de cinq ans, ce resserrement initial disparaît : l’écart est de 18% pour les cohortes de la seconde moitié des années 1970 comme pour celles des années 1980, et il monte même à 21,9% pour celles des années 1991-1992.

Ce sont les changements de situation d’emploi qui entraînent cet accroissement de l’écart de salaire mensuel en cours de carrière entre hommes et femmes. Ces changements de situation comprennent aussi bien les modifications de temps de travail en cours de carrière que les promotions internes ou les changements d’entreprises.

 

            … mais seulement en raison de parcours plus différenciés

Les écarts de rémunération mensuelle entre hommes et femmes se creusent beaucoup moins vite en cours de carrière quand les parcours des hommes et des femmes depuis le premier emploi comparable sont similaires : maintien en emploi et mêmes changements de situation par rapport à l’emploi initial. De plus, ils se creusent moins pour les générations récentes que pour les générations plus anciennes. Ainsi, pour des jeunes ayant débuté sur des emplois comparables dans la seconde moitié des années 1970, l’écart de salaire est dans ce cas de 10,3% en début de carrière et de 14,6% au bout de cinq ans de carrière, soit 3,3 points de plus. Pour les cohortes des années 1991-1992, l’écart dans le même cas est de 8,5% en faveur des hommes en début de carrière et de 11% au bout de cinq ans de carrière, soit 2,5 points supplémentaires.

 

Concentration sectorielle des emplois

 

La mesure de la discrimination ou des écarts de salaire entre hommes et femmes « toutes choses égales par ailleurs » se heure au problème de la comparabilité des emplois occupés par les hommes d’une part, les femmes d’autre part. De nombreuses profession sont sexuées, c’est-à-dire occupées majoritairement soit par des hommes, soit par des femmes.

 

Les secteurs très féminisés offrent des salaires moindres

 Au niveau des secteurs d’activité, nombre de secteurs où les femmes sont sur-représentées, sont des secteurs qui forment la queue de peloton dans la hiérarchie salariale. Une exception notable est le secteur des activités financières où les femmes représentent 54 % de la main d’œuvre, mais qui figure néanmoins dans le haut de la hiérarchie des secteurs en termes de rémunération.

Néanmoins, les secteurs très féminisés sont aussi ceux où se créent des emplois actuellement, en particulier les secteurs des services.

Toutefois, le constat est bien connu : une profonde inégalité persiste au détriment des femmes dans le domaine des relations professionnelles, qu’il s’agisse des écarts de rémunération, du taux de chômage, du travail à temps partiel.

Quinze ans après l’adoption de la loi du 13 juillet 1983, son application apparaît modeste et en effet son impact sur les inégalités de fait entre les femmes et les hommes reste en dessous des espoirs qu’elle avait suscités. Toutefois, à y regarder de plus près, cette évaluation comporte des aspects positifs qui méritent d’être mis en avant.

A la Direction Générale des Impôts, en 1999, 90% des embauchées possèdent un diplôme deux fois supérieur à celui exigé, contre seulement 66% des hommes Sous-rémunérées pour des sur-diplômées Les femmes sont sur représentées au bas de la hiérarchie des salaires, elles sont également pénalisées dans leurs carrières. Les femmes représentent 33% des bas salaires alors que les hommes ne représentent que 20%. L'accumulation d'expériences professionnelles est nettement moins favorable aux femmes en terme de salaires. Les très bas salaires se concentrent principalement sur les familles mono parentales (dont l'adulte unique est en général une femme).

3,2 millions de salariés touchent moins de 5000 francs par mois, 80% sont des femmes

 

De plus, à nombre d’années d’études et expérience professionnelle réelle identiques, les hommes ont un salaire supérieur de 21 % à celui des femmes. A diplôme le plus élevé obtenu et expérience identiques, les hommes on un salaire supérieur de 19 % à celui des femmes.

Une partie de cet écart peut être reliée aux différences de niveau des emplois occupés tels qu’ils sont appréhendés dans la nomenclature des catégories socioprofessionnelles, à niveau d’études identique. En effet, lorsqu’on ajoute la catégorie socioprofessionnelle aux équations de gains, l’écart de rémunération à capital humain identique se réduit. A diplôme le plus élevé, expérience, et catégorie professionnelle identiques, les hommes ont un salaire supérieur de 13 % à celui des femmes. Une partie de la discrimination est donc liée à des différences d’accès aux emplois, sans qu’on arrive à identifier complètement l’origine des écarts résiduels. A niveau de diplôme équivalent, le choix de filières moins rémunératrices peut jouer en défaveur des jeunes filles.

 

De plus, du côté des salariées interrogées le choix d'avoir un enfant est intégré comme un frein à la carrière pour 47% d'entre elles 19% des femmes actives déclarent " avoir connu des situations très ou assez déplaisantes au travail du fait de propositions sexuelles. En effet, la situation de famille et le temps de travail pénalisent depuis toujours les femmes. Mais une femme sans enfant est toujours mieux payée qu’une mère.

 

Entre 1976 et 1996, on remarque le fait étonnant que la proportion d’hommes mal payés, c'est-à-dire le pourcentage d’homme salariés à temps plein rémunérés 1 à 1,5 fois le SMIC, a nettement augmenté, passant de 28 % à 35 %, et que celle des hommes les mieux rémunérés, c'est-à-dire, le pourcentage d’hommes salariés à temps plein rémunérés à plus de 2,5 % fois le SMIC, a diminué, passant donc de 26 % à 24 %.

Au contraire, la proportion des femmes mal payées a diminué (55 % - 49 %) et la proportion des femmes payées au-dessus de 2,5 fois le SMIC a progressé de 9 % à 12,5 %.

Si l’écart des salaires a diminué, les femmes le doivent au fait que les hommes ont reculé sur l’échelle des salaires et au fait qu’elles ont progressé. Toutefois, l’écart entre les femmes qualifiées et les autres a légèrement augmenté.

 

Par ailleurs, les différences de salaire entre hommes et femmes peuvent résulter de multiples facteurs. Tout d’abord, les emplois occupés n’ont pas les mêmes caractéristiques : les durées du travail féminines sont en moyenne plus courtes, principalement à cause du temps partiel (qui concerne environ un tiers des femmes contre à peine 5 % des hommes), certaines catégories d’emplois s’avèrent plutôt féminines comme celle des employés, d’autres plutôt masculines comme celles des cadres et des ouvriers, et les femmes sont plus souvent employées dans le secteur public que les hommes. Les différences entre les caractéristiques individuelles observables (éducation, expérience professionnelle, interruptions de carrière) contribuent également à l’inégalité des salaires. Enfin, les femmes peuvent subir une pénalisation salariale spécifique (ou discrimination salariale), qui se traduirait par une moindre valorisation de leurs caractéristiques productives par rapport aux hommes.

 En 1997, pour l’ensemble des salariés (temps partiel inclus), l’écart salarial estimé est de 27 % en faveur des hommes. Les différences de durée hebdomadaire de travail jouent un rôle important, puisqu’elles expliquent les deux cinquièmes de cet écart ; les autres différences structurelles expliquent deux autres cinquième ; reste un cinquième « inexpliqué ». Lorsqu’on restreint l’analyse aux seuls salariés à temps complet, l’écart salarial se réduit à 11 %, mais la part « expliquée » se réduit également, et n’est plus que de la moitié. Comme attendu, les différences de durée n’ont alors qu’un rôle amoindri (ne comptant que pour à peine un dixième de l’écart), la part des autres effets de structure restant inchangée de l’ordre de deux cinquièmes. Au total, parmi les salariés à temps complet, près de la moitié de l’écart salarial entre hommes et femmes peut s’interpréter comme résultant de discrimination salariale.

La différence de salaire est due pour certaines personnes à la présence des femmes plus importante dans des catégories professionnelles et dans des secteurs moins "valorisés" ainsi qu’à une différence de formation et à l’ancienneté moindre. Pour d’autres elle est due à une moindre disponibilité des femmes liées à leurs charges familiales et à une discrimination de la part des employeurs lors des promotions. La cause de ces inégalités varie avec la catégorie socio-professionnelle. La différence est plus importante pour les cadres (environ un tiers). Ceci est du à la faible présence des femmes dans les catégories d’encadrement supérieures ; de plus les femmes étant généralement plus jeunes que les hommes cadres, elles perdent à l’ancienneté. La différence de salaire liée à l’"image moins positive" de la femme se remarque particulièrement pour un même poste de cadre où subsistent d’importantes différences de salaire ; ceci s’explique notamment par le fait que les femmes bénéficient moins des promotions individuelles, qu’elles sont moins revendicatives et que la composition de l’équipe de direction est souvent largement masculine.

 

En outre, en 1993, dans le secteur privé et semi-public, 10%des femmes gagnent moins de 4925F nets par mois, 80% gagnent moins de 10600F, seulement 10% gagnent plus de 12800F. Chez les hommes, 30% gagnent plus de 11150F par mois, et 10% gagnent plus de 18400F.

 

 

            Ainsi, les écarts de salaire entre hommes et femmes tente à se réduire mais ils persistent encore. En effet, en 1997 l’écart est estimé à 27% en faveur des hommes. De plus, en ce qui concerne les générations récentes les écarts sont moins importants que pour les générations plus anciennes.