AUJOURD'HUI

ACCUEIL

 

PARTIE I: HISTOIRE

A PARTIR DU XVIII EME SIECLE

-Soumission et exclusion

-Politique

-Travail

 

PARTIE II: ET LES GUERRES

L’IMPACT DE LA GUERRE SUR LA FEMME

-La première guerre mondiale

-L’entre deux guerres

-La deuxième guerre mondiale

 

PARTIE III: LEGISLATION

L'EVOLUTION DE LA DEMARCHE LEGISLATIVE VERS LA PARITE

-Chronologie

-L'évolution et la révision des lois

-L'implication de l'Etat, exécution et application des lois

 

PARTIE IV: AUJOURD'HUI

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Général

-Taux d’activité féminin

-Chômage

-Précarité et CSP des femmes

-Temps partiel

-En ce qui concerne les salaires

-Travail domestique

-Politique

-Privé / Public

 

PARTIE V: CHANGEMENTS

MARCHE VERS LA PARITE??

-Revendication

-Les difficultés du changement

-Ségrégation horizontale et verticale

-Scolarité et Diplome

 

PARTIE VI: PARCE QUE...

LES RAISONS DE CETTE EVOLUTION

-Du coté de la société

-Du coté de la pensée féministe

 

CONCLUSION

 

LIVRE D'OR

 

Commentaires !

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PLACE DE LA FEMME AUJOURD'HUI

-Temps partiel

 

       La principale source de discrimination envers les femmes est le travail à temps partiel. En France, le travail à temps partiel est au centre des débats sur la flexibilité, le temps de travail, et le partage de l’emploi. Le temps partiel apparaît de plus en plus comme un instrument de flexibilisation de l’emploi et de partage du chômage réservé aux femmes.

 

 

           Le temps partiel s'est de plus plus imposé aux femmes.

En une dizaine d’années, de 1983 à 1991, le travail à temps partiel a contribué à hauteur de 60% à la croissance de l’emploi féminin. Celui-ci a connu un développement accéléré depuis 1992. Mais l’examen de l’évolution de l’emploi salarié de 1982 à 1992 est déjà à cet égard éloquent. En effet durant ces dix années le nombre d’emploi à temps plein diminue en valeur absolue (-348000) alors que parallèlement on observe une hausse importante du nombre d’emplois à temps partiel (+815000).

 

Tableau 1

Evolution de l’emploi à temps partiel de 1982 à 1992 (en milliers)

 

Tertiaire marchand

Tertiaire non marchand

Industrie, bâtiment, génie civil

Agriculture

TOTAL

Niveau de qualification

T P

TC

TP

TC

TP

TP

TP

TC

TP

TC

Employé

+314

-17

+184

+10

+15

-147

_

_

+512

-154

Ouvrier

+68

+128

+64

+2

+4

-936

-16

-41

+120

-847

Cadre profession intermédiaire

+145

+794

+114

+199

+11

+102

+1

-2

+271

+1093

Chef d’entreprise

-9

-22

_

+2

_

+17

-79

-437

-88

-440

Total

+518

+883

+363

+213

+30

-964

-93

-480

+815

-348

 TP : temps partiel/ TC: temps complet

 

Le tableau 1 détaille les augmentations et les diminutions d’emplois en fonction des secteurs d’activité et des types d’emplois. L’agriculture perd durant cette décennie 573000 emplois : pour l’essentiel il s’agit de petites exploitations agricoles qui disparaissent faute de successions. Dans le secteur industriel les entreprises suppriment globalement près d’un million d’emploi à temps complet tandis que parallèlement 30000 emplois à temps partiel sont « créés ». Les emplois supprimés dans ce secteur sont exclusivement des emplois d’ouvrier (936000) ou d’employés (147000), alors que le nombre de cadres ou de professions intermédiaires augmente d’à peine 100000. Au total ces deux secteurs perdent un million et demi d’emplois, presque tous à temps complet.

Seul le secteur tertiaire continue à offrir des emplois nouveaux durant cette décennie, près de 2 millions au total, mais près de la moitié d’entre eux, 881000 exactement, sont des emplois à temps partiel. Près de deux tiers des emplois nouveaux s’adressent aux cadres et aux professions intermédiaires et environ un cinquième de ces emplois relativement qualifié sont des emplois à temps partiel. Mais un examen détaillé par type de profession nous montre que tous les emplois nouveaux créés dans le secteur tertiaire destinés aux employés, qui sont très majoritairement des femmes, sont des emplois à temps partiel.

L’étude des flux montre, par ailleurs, que la part des « emplois atypiques » ; notamment des contrats à durée déterminée et du travail à temps partiel, est de plus en plus grande parmi les emplois proposés sur le marché du travail. Il en résulte des difficultés croissantes pour les personnes à la recherche d’un emploi à pouvoir réellement « choisir » entre temps partiel et temps plein : en fait le « choix » qui leur est réservé est plutôt entre chômage et emploi partiel… Au total, tous secteurs confondus, plus d’un million d’emplois de cadres et professions intermédiaires sont créés entre 1982 et 1992. Mais dans le même temps un million d’emplois d’ouvrier et d’employé à temps complet disparaissent. Dans un contexte de forte croissance de la population active, cette perte n’est bien évidemment pas compensée par la création des 632000 emplois similaires à temps partiels.

 

Plus récemment, la brève reprise qui couvre l’année 1994 et la moitié de l’année 1995 s’est traduite, contrairement à ce qui se passait lors des reprises précédentes, par une progression continue, voire accélérée, du travail à temps partiel : deux emplois féminins nouveaux sur trois sont créés à temps partiel. Le bilan est clair : de moins en moins d’emplois à temps complet et de plus en plus d’emplois à temps partiel sont offerts. Le résultat en est qu’en 1995, il y a 3455000 actifs à temps partiel, contre 1600000 en 1980. La très grande majorité (82%) de ces travailleurs à temps partiel sont des femmes : on en compte plus de 2833000 en 1995. En 1980 moins de 8% des femmes occupaient ce type d’emplois contre un peu moins de 3% des hommes. Quinze ans plus tard cette « forme particulière d’emploi » concerne 5% des hommes et 29% des femmes.

Le temps partiel apparaît bien la forme typique « d’emploi atypique » quasiment réservée aux femmes. Aucune autre forme d’emploi n’est à ce point sexuée. C’est pourquoi le travail à temps partiel doit être considéré, comme le soulignent Margaret Maruani et Chantal Nicole, comme « l’ennemi principal de l’égalité devant l’emploi ».

 

Tableau 2. Part des emplois à temps partiel selon les secteurs d’activité de 1982 à 1995

 

1982

1985

1990

1993

1995

Agriculture

16.1

15.6

14.8

15.8

17.7

Industrie

  3.0

  3.8

  4.3

  4.5

  5.7

dont Industrie agro-alimentaire hors viande et lait

   4.9

  6.7

   8.0

   9.0

11.6

dont Textile-habillement

   5.7

   5.5

   6.7

   5.4

   7.4

Bâtiment Travaux Publics

  4.1

  4.4

  3.9

  4.3

  5.4

Tertiaire marchand

  9.8

11.7

13.2

15.1

16.9

dont commerce

10.5

12.2

13.4

14.7

16.7

dont hôtels-cafés-restaurants

12.9

14.5

16.8

19.1

20.2

Tertiaire non marchand

15.4

18.8

20.3

22.9

24.8

Ensemble

  9.2

10.9

12.0

13.9

15.6

 

Le bastion du temps partiel est le secteur tertiaire, sa sphère non marchande comme sa sphère marchande. Un salarié sur cinq y est dorénavant à temps partiel. Mais l’industrie, notamment agro-alimentaire, commence à développer à son tour depuis quelques années les emplois à temps partiels. (Voit tableau 2.).

 

La liste des métiers où le temps partiel est le plus répandu montre, de manière éloquente, que les métiers massivement féminisés sont pratiquement les seuls à être fortement concernés par cette forme d’emploi : femmes de ménage, assistantes maternelle, documentalistes, caissières, secrétaires, etc. (voir tableau 3). La progression du travail à temps partiel touche cependant assez peu les professions indépendante et les cadres : le taux de temps partiel reste relativement stable de 1982 à 1995 dans ces catégories, pour les hommes comme pour les femmes. La montée du temps partiel concerne essentiellement les catégories salariées les moins qualifiées et les plus faiblement rémunérées. Dans ces catégories la progression du temps partiel concerne aussi les hommes, notamment depuis 1992, mais dans des proportions bien moindres (voir tableau 4).

 

Tableau 3 Métiers où le temps partiel est le plus développé en 1995

Professions

Effectifs (en milliers)

Femmes (%)

Temps partiel (%)

Femmes de ménage, employés de maison

230

97

76

Caissiers

140

93

51

Assistantes maternelles

461

99

47

Aides familiaux

129

99

43

Professions salariées de la santé

56

71

36

Hôtesses d’accueil

61

90

35

Documentalistes, bibliothécaires

46

84

34

Agents de bureau de la Fonction Publique

150

78

34

Vendeurs (alimentation, habillement, luxe)

555

76

34

Assistantes sociales

44

94

34

Employés de la fonction publique

613

81

28

Agriculteurs sur petite exploitation

165

49

27

Secrétaires

736

97

24

Concierges, gardiens d’immeubles

62

73

24

Ouvriers non qualifiés divers de type artisanal

47

67

24

Techniciens médicaux

134

79

24

Infirmiers salariés, sages-femmes, puéricultrices

253

93

23

Employé administratif d’entreprises

655

78

23

 

Tableau 4

Part des emplois à temps partiel selon la catégorie socioprofessionnelle et le sexe de 1982 à 1995

 

Hommes

Femmes

 

1982

1985

1992

1995

1982

1985

1992

1995

Indépendants

4.5

4.8

4.2

4.6

25.3

25.9

24.3

24.3

Cadres

2.8

3.4

3.4

4.3

18.5

19.0

16.7

19.5

 dont  professions libérales

3.6

4.5

4.1

5.2

35.9

32.9

28.3

32.0

 dont cadres fonction publique

6.5

7.8

7.8

8.5

21.0

22.5

20.7

22.2

 dont cadres d’entreprises

0.6

0.6

0.8

1.8

4.1

5.3

6.0

11.2

Professions intermédiaires

1.8

2.5

2.9

3.9

11.7

15.7

17.4

20.8

Employés

3.5

5.0

6.1

9.1

20.9

24.3

29.6

35.0

 dont fonction publique

2.5

3.5

4.7

6.5

14.4

19.8

27.9

32.9

  dont administration d’entreprise

2.2

4.1

5.2

7.2

12.9

15.0

19.4

24.6

 dont commerce

6.3

8.9

8.1

13.8

24.6

28.2

36.8

42.7

 dont personnels de service

10.2

11.1

13.0

19.7

45.1

48.3

47.5

50.6

Ouvriers qualifiés

1.2

1.2

1.9

3.2

10.1

12.1

13.0

19.6

Ouvriers non qualifiés

2.7

4.4

6.2

9.1

18.2

21.1

27.5

35.3

Ensemble

2.5

3.2

3.6

5.1

18.9

21.8

24.5

28.9

Effectif (en milliers)

319

398

455

622

1660

1929

2343

2833

           

Les raisons de la montée du temps partiel

Ce développement du travail à temps partiel résulte de différents facteurs. En prenant lieu, il faut mentionner les politiques de gestion de la main-d’œuvre des entreprises. Le travail à temps partiel est en effet une des modalités mises en œuvre pour à la fois intensifier le travail et précariser les conditions de travail. Dès les années 1980, les employeurs se servent du temps partiel, qui rencontre moins d’hostilité que les autres formes de précarisation, pour supprimer des emplois en évitant les licenciements secs et pour gérer leur main d’œuvre de manière plus flexible. Une part importante des créations d’emplois à temps partiel se fait en dehors ou contre la volonté des femmes qui les acceptent faute de mieux. Le temps partiel leur est souvent imposé à l’embauche ou encore à la suite d’un chantage aux licenciements. C’est ce que montre aussi l’examen des accords locaux de « partage du travail » qui se sont développés à partir de fin 1992, début 1993.

 

Une étude publiée par le ministère du Travail portant sur une centaine d’entreprises où des politiques de « partage du travail » ont été mises en œuvre, montre notamment que trois types de logiques sont à l’œuvre. Dans un premier groupe d’entreprises, employant majoritairement des salariées femmes, le « partage du travail » se ramène à une simple réduction imposée des salaires sans réduction du temps de travail avec pour objectif unique de revenir sur des « avantages acquis » et d’améliorer la compétitivité de l’entreprises. Dans un second groupe, la réduction des salaires accompagne une réduction du temps de travail mais le « partage du travail » ne constitue qu’un sursis temporaire, avant les licenciement, arraché à des directions d’entreprises réticentes par des syndicats certes actifs, opposés à un « plan social » prévoyant des réductions d’effectifs, mais se retrouvant au pied du mur. Enfin, dans un troisième groupe un réel compromis est à l’œuvre entre sections syndicales et les directions d’entreprises, animés d’objectifs différents mais conciliables : pour les entreprises il s’agit de préserver un stock de qualifications précieuses et un climat social correct dans l’attente d’une reprise, pour les syndicats l’objectif est de sauvegarder des emplois menacés. Dans un quart des entreprises du second et du troisième groupe, des clauses prévoyaient explicitement le passage à temps partiel pour une partie des salariés. Dans l’une des entreprises étudiée dans le cadre de cette enquête, les syndicalistes sont allés jusqu’à démarcher avec succès les ouvrières pour susciter des candidatures au temps partiel.

Un autre facteur de développement du travail à temps partiel renvoie aux incitations gouvernementales. Tous les gouvernements qui se sont succédé ces dernières années ont prévu, parmi leur arsenal de mesures, des « incitations » au développement du travail à temps partiel, destinées officiellement à « favoriser l’emploi ». Le coût du travail à temps partiel a été abaissé pour les entreprises. La loi du 31 décembre 1992 prévoit, par exemple, une série de dispositions qui permettent aux employeurs de bénéficier d’une baisse d’environ 7% de ce coût (cette baisse correspond à un abattement de 30% sur les cotisations patronales de sécurité sociale). En juillet 1993, le gouvernement va jusqu’à envisager une prise en charge par l’Etat, pendant un an, de la diminution des salaires des travailleurs à temps partiel quand il s’agit, soi-disant, d’éviter des licenciements. Ces mesures d’allégement des charges patronales mises en place en 1993 et 1994, expliquent, d’après l’INSEE, que l’augmentation du travail à temps partiel a été la plus forte en 1994 dans les entreprises et non dans les administrations. Le résultat est spectaculaire : alors que l’emploi à temps partiel ne se développait plus guère de 1986 à 1991, il a augmenté de 20% entre mars 1992 et mars 1994. Les contrats à temps partiel, avec réduction des charges sociales pour les employeurs, signés en 1994, se chiffrent à 215000 dont 64% de femmes et 33% de personnes de moins de 25 ans. Plus de la moitié des femmes concernées étaient précédemment au chômage ou sortaient du système scolaire.

 

Or les femmes travaillent à temps partiel avant tout parce qu’elles ont des difficultés à trouver un emploi à temps plein.

Pour expliquer le développement du travail à temps partiel, on invoque couramment, en troisième lieu, une soi-disant « demande sociale des femmes ». C’est en particulier au nom de cette dernière que les incitations gouvernementales ont été prises et que les directions des entreprises ont infléchi leur politique d’emploi. Parfois, les chercheurs en sciences sociales ont participés à cette pseudo-légitimation en multipliant les études sur les aspirations au temps partiel. Sans vouloir dénier toute réalité à cette fameuse « demande », il convient de souligner combien elle est contrainte dans le cas des femmes. D’une part, du fait de la prise en charge par elles du travail domestique, ce qui les conduit dès qu’elles sont actives à la trop fameuse « double journée de travail ». D’autre part, du fait des évolutions du marché du travail antérieurement analysées. L’analyse statistique par classes d’âge des femmes travaillant à temps partiel ne confirme pas l’hypothèse d’une forte « demande sociale » destinée à leur permettre de s’occuper de leur foyer et notamment de leurs enfants. Ce sont, en effet, les femmes de 55 ans et plus et celles de moins de 25 ans qui sont les plus concernées par le développement de cette forme d’emploi. Les plus âgées sont, en effet, souvent visées par les politiques de préretraites ou de retrait progressif de l’activité et les plus jeunes sont réduites à accepter en désespoir de cause les emplois à temps partiel, parmi lesquels les différentes formes de « stages » représentent une part important. Ce que les chercheurs de l’INSEE dénomment « le temps partiel faute de mieux », c’est-à-dire le sous-emploi, se répand de plus en plus chez les plus jeunes, qui n’ont pas d’enfants. « Près des deux tiers des 280000 actives à temps partiel de moins de trente ans et n’ayant pas d’enfants à charge souhaiteraient travailler davantage » constatent des chercheurs de l’INSEE. Ce phénomène, expliquent encore les mêmes auteurs, « reflète la baisse des débouchés à temps plein pour les jeunes et la montée des contrats aidés, des stages et des contrats à durée déterminée, dont une majorité sont des temps partiel ».

 

 

Cette tendance lourde est confirmée par une étude portant sur la période 1982-1994 (voir tableaux 5 et 6). Le temps partiel croît fortement parmi les plus jeunes si bien que l’écart entre les jeunes et leurs aînées s’est progressivement estompé. L’analyse de ces quelques chiffres nous montre bien que le temps partiel ne répond pas d’abord à une « demande sociale des femmes » pour concilier travail et famille, les plus jeunes ne sont pas celles qui sont les plus écrasées par les charges domestiques. Et les plus de 50 ans en sont pour l’essentiel dégagées.

 

Tableau 5

Part de travail à temps partiel parmi les moins de 50 ans qui travaillent (en %)

 

1990

1992

1994

Hommes 15-29 ans

5,9

6,1

8,3

Hommes 30-49 ans

1,8

2,0

2,8

Femmes 15-29 ans

22,4

23,2

27,0

Femmes 30-49 ans

22,8

24,3

27,3

En 1990, 22.8% des femmes de 30 à 49 ans ont un travail à temps partiel contre 27.3% en 1994, soit une augmentation de 4.5 points de pourcentage.

 

Tableau 6

Part des personnes à temps partiel souhaitant travailler davantage

 

1990

1992

1994

Hommes 15-29 ans

43,8

44,8

57,8

Hommes 30-49 ans

40,1

48,1

57,4

Femmes 15-29 ans

51,1

46,2

56,1

Femmes 30-49 ans

25,2

26,7

33,1

En 1990, 51.1% des femmes de 15 à 29 ans travaillant à temps partiel souhaitent travailler davantage contre 56.1% en 1994, soi une différence de 5 points.

 

Répartition des salariées à temps partiel en 1991 et 1994 par sexe selon leurs souhaits

de durée du travail

 En %

 

Désire travailler à temps complet

Désire travailler plus longtemps à temps partiel

Ne désire pas travailler davantage

 

 1991

 1994

 1991

 1994

1991

1994

  Hommes

 38,7

 45,8

 5,9

4,2

55,4

49,8

  Femmes

 26,2

 29,9

 10,3

 10,8

63,5

59,2

 Ensemble

 27,9

 32,3

9,7

 9,8

62,3

57.8

Source INSEE enquête emploi – Champ salariés à temps partiel et à temps complet du secteur privé.

 

Évidemment, tous les emplois à temps partiel ne sont pas de même nature : on peut opposer en particulier les emplois à mi-temps et les « emplois aménagés » relativement proches du plein temps (à 80 %, voir à 90 % de la durée normale).Par exemple, près de 2/3 des temps partiels des fonctionnaires titulaires relèves de la seconde catégorie. C’est typiquement le cas des femmes qui se libèrent le mercredi afin d’être plus disponibles pour les enfants. Cette catégorie de temps partiel est en outre proportionnellement mieux rémunérée dans la fonction publique afin de compenser partiellement la baisse de salaire induite par la réduction de l’activité. Cependant ces mesures sont implicitement remises en cause par le rapport de l’Inspection Générale de l’Administration, rendu publique en 1996, qui propose de mettre en place des « incitations techniques et financières » pour développer le 50 %.

La plupart des femmes qui travaillent à temps partiel n’ont pas de qualifications importantes. Il reste que dans quelques professions très qualifiées une part non négligeable de femmes se retrouve fréquemment à temps partiel. Il s’agit alors en général de professions où les emplois à temps plein se font rares (exemple : psychologue, chercheur, journaliste, etc..). Elles aussi sont alors à temps partiel « faute de mieux ».

En définitive la montée de l’emploi, à temps partiel depuis 1980 participe, suivant l’expression suggestive de Paul Bouffartigue, du « rétrécissement du champ des possibles offerts aux femmes », car c’est largement une modalité de sous emploi, « dans un cadre d’élargissement de ce champ des possibles ». Car, si l’activité professionnelle des femmes s’affirme depuis une vingtaine d’années, le développement de l’emploi à temps partiel contribue, à une redéfinition du statut du travail et de l’emploi sur la base d’un critère de sexe. La mise au travail à temps partiel des femmes tend, en outre, à accentuer la division sexuelle des emplois, notamment en concentrant les femmes dans un nombre de plus en plus restreint de professions du secteur tertiaire.

 

Par ailleurs, le « temps partiel choisi », que les femmes qualifiées peuvent négocier avec leur employeur, où qu’elles peuvent se permettre, compte tenu du revenu élevé de leur conjoint, est plus fréquent dans des activités comme les cabinets d’audit, qui proposent des formules de travail alterné, ou annualisé à leurs collaboratrices afin de garder et de promouvoir des éléments de valeur féminins. L’Etat-providence est important, et permet de concilier une représentation traditionnelle de la mère et le travail féminin depuis dix ans afin d’augmenter le taux d’activité, grâce à des moyens collectfs mis en œuvre tels les crèches ou les garderies. Le « Temps partiel subi », est imposé par l’employeur aux femmes non qualifiées, alors qu’elles souhaiteraient travailler davantage, dans le commerce et dans la restauration en France, souvent à des horaires contraignants, où ce temps partiel devient un mécanisme d’ajustement et de flexibilité du marché du travail.

 

De plus, on voit que le pourcentage d’emploi à temps partiel stagne parmi la population masculine, alors que cela s'envole pour les femmes.

Selon Françoise Battagliola, "la féminisation des emplois atypiques apparaît comme le moyen efficace du passage progressif, et surtout sans obstacle, d’une économie industrielle de croissance basée sur le plein emploi à une économie tertiaire avec emploi flexible et chômage de croissance". Ainsi, selon elle, de même qu’au siècle dernier l’allocation de la main œuvre féminine aux postes de travail a accompagné le processus de rationalisation de la production, en cette fin du 20ème siècle, elle permet la mise en place de nouvelles modalités d’emploi.

La précarité n’atteint pas l’ensemble du marché du travail car les formes d’emplois atypiques ne sont pas identiques lorsqu’elles s’appliquent aux hommes et aux femmes. Ainsi, l’aménagement et la réduction du temps de travail ne signifient pas la même chose selon qu’il s’agit d’hommes ou de femmes.

 

En outre, il faut souligner ce que l'on oublie souvent que travail à temps partiel veut dire salaire divisé. C'est un des facteurs qui permet de comprendre qu'on retrouve dans la population des travailleurs pauvres, c'est-à-dire des gens qui tout en travaillant gagnent un salaire très faible massivement des femmes. 

On ignore combien de femmes travaillent pour un salaire en dessous du minimum vital, mais on sait que le développement du temps partiel chez les femmes explique pour beaucoup la faiblesse des revenus qu’elles tirent du travail : 80% des salariés percevant moins de 3650 Francs mensuels nets étaient des femmes.

Le silence des chiffres n’est pas anodin. Il masque un phénomène social difficilement admissible : le développement de gens qui ne sont ni des chômeurs ni des exclus, ni des assistés mais qui travaillent sans parvenir à gagner leur vie correctement. Et dans leur grande majorité, ces gens sont des femmes. On assiste donc, selon les termes de Margaret Maruani, à un "mouvement de féminisation de la pauvreté".

Il est important ici de ne pas considérer les femmes comme une catégorie homogène par rapport à l’impact du travail sur leur vie. Pour les femmes mariées, dont le mari travaille, le temps partiel permet au moins de revenir dans le monde du travail, après une longue interruption, liée à l’éducation des enfants par exemple. Une étude de l’ANPE de janvier 1999 montre que dans cette catégorie les 3/4 des femmes sont satisfaites de l’activité réduite. Par contre pour les femmes célibataires ou divorcées, de plus en plus nombreuses qui ne comptent que sur leur propre salaire, la situation peut parfois être dramatique. Ainsi la part des femmes à bas salaire (moins de 5000 F), chef de famille ou vivant avec un conjoint chômeur percevant également un bas salaire, a augmenté et représente aujourd’hui 35% des situations. Plus particulièrement et malgré la politique française qui incite plutôt les femmes seules avec enfants à travailler (le taux d’activité des femmes seules est de 75%), l’évolution actuelle est très préoccupante. Le taux de pauvreté de ces familles est de 30% si l’on valorise le facteur logement.

 

 Evolution des effectifs 1980-1990

En milliers

 

 Hommes

 Femmes

Niveau 1980

    - Temps plein

    - Temps partiel

          Total

 

12.709

     278

12.987

 

7.060

1.433

8.493

 Niveau 1990

    - Temps plein

    - Temps partiel

          Total

  

12.206

     427

12.633

  

7.060

2.212

9.371

 Différence

    - Temps plein

    - Temps partiel

          Total

  

- 503

+ 149

- 354

  

+   99

+ 779

+ 878

Source INSEE enquête emploi

  

Part des salariés à temps partiel en 2000 passés à temps complet en 2001

En %

 

Taux de passage à temps complet (1)

 

Entreprises passées à 35 h entre 2000 et 2001

Entreprises encore

à 39 h en 2001

Ensemble des salariés à temps partiel en 2000

Salariés à temps partiel

- ne souhaitant pas travailler plus

- souhaitant passer à temps complet

- souhaitant travailler plus sans passer à temps complet

 

 

24

 18

45

14

 

 

19

 16

29

11

Durée habituelle initiale du travail temps partiel

- de 1 à 19 heures

- 20 heures

- de 21 à 29 heures

- plus de 29 heures

- pas de durée habituelle

  

 

10

33

29

25

23

  

 

 11

15

16

27

26

(1)  lecture : dans les entreprises passées à 35 heures entre 2000 et 2001, 24 % des salariés à temps partiel sont passés à temps complet (et 76 % sont restés à temps partiel), alors qu’ils ne sont que 19 % dans ce cas dans les entreprises encore à 39 heures en 2001. Champ : salariés concernés par la loi Aubry du 19 janvier 2000.

Source : enquêtes Emploi de l’INSEE de mars 2000 et 2001, calculs DARES.

 

 

         Ainsi le clivage temps partiel / temps plein est un véritable clivage social qui distingue et classe les salaires en même temps qu’il hiérarchise la valeur du travail. Le travail à temps partiel engendre, pour une part non négligeable de la population féminine, un véritable processus de paupérisation.